Roland Dumas s’est trouvé récemment au cœur d’une polémique parce qu’il avait confirmé comme allant de soi, sur une interrogation de Jean-Jacques Bourdin, “l’influence juive” de l’épouse du Premier ministre sur ce dernier.

Immédiatement ce propos choquant de Roland Dumas a suscité un considérable tollé et des réactions indignées, voire un mépris lassé devant cette vieillesse qui serait “un naufrage”. À commencer par la réplique de Manuel Valls.

Roland Dumas aurait seulement évoqué “l’influence” d’Anne Gravoin sur son époux que nul n’aurait trouvé à y redire. Mais le fait de l’avoir qualifiée, avec une indécence désinvolte, de “juive” a nourri une controverse dont à l’évidence l’ancien président du n’est pas sorti grandi.

Cette insinuation visant une femme qu’il définissait comme “remarquable” relevait d’un douteux alors que, par exemple, en demeurant sur le plan politique, on aurait pu relever ici ou là une déclaration de enthousiaste à l’égard de la communauté juive et, de manière plus surprenante, inconditionnelle pour l’État d’Israël.

Faut-il pour autant, à cause de ce dérapage d’autant moins pardonnable qu’il ne s’est pas échappé par hasard de la bouche de Roland Dumas, jeter ce dernier totalement aux chiens en prenant garde à ne rien formuler de positif sur lui, sur son parcours personnel et politique ?

[…] Je n’omets pas tout ce qu’il y a eu de trouble et parfois de médiocrement républicain dans certains de ses comportements – notamment quand il a fait valider des comptes de campagne présidentielle contre l’évidence de la réalité – mais je ne peux m’empêcher d’approuver aussi les tendances profondes et durablement manifestées d’une personnalité atypique qui ose, dans un univers aux antipodes de cette liberté, déclarer : “Le sectarisme en m’insupporte. Moi je veux parler à tout le monde.”

Il affirme cette courageuse, qui devrait être banale, conviction dans le très beau portrait, à la fois amer et doux, que lui a consacré Ariane Chemin dans sous le titre “La rengaine de Roland”.

Cette journaliste commente ce qu’elle nomme “le mot d’ordre des anticonformistes” en leur reprochant, et donc à Dumas, “sous couvert de politiquement incorrect… de légitimer l’indéfendable…”

Il me semble que c’est aller trop vite en besogne que de passer de la parole à l’absence de contradiction, du verbe avec tous à la justification de tout. Si on suivait à la lettre ce que paraît impliquer la dénonciation d’Ariane Chemin, nous en serions réduits, en forçant le trait, à un monde que la discrimination et l’exclusion rendraient moral ou à un comportement démocratique de dialogue qui serait perverti par sa qualité même.

Dénoncer le “naufrage” que serait la vieillesse de Roland Dumas, c’est faire bon marché de ce que reste, encore aujourd’hui, cette personne qui, n’étant pas ordinaire, devrait forcément être soustraite aux jugements ordinaires. Sa vieillesse a porté au paroxysme, pour le meilleur ou pour le pire, une frénésie de liberté, la volupté de l’irresponsabilité qui en est la conséquence, et une indifférence totale à l’égard de qui s’arrogerait le droit de lui demander des comptes. Comme il a tourné en hautaine dérision les excuses que d’aucuns souhaitaient entendre de sa part !

On peut discuter mon refus de ne pas empoigner Roland Dumas comme étant tout d’une pièce. Mais j’y tiens. Quitte à ne pas être compris.

Il y a des solitudes qui sont un honneur quand l’exigence de sa vérité et la détestation d’une globalité paresseuse les font advenir. […]

Extrait de : Roland Dumas est-il un bloc ?

24 février 2015

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