Discours - Editoriaux - Justice - Presse - Société - Table - 1 février 2018

Quand les robes noires délirent…

On peut être avocat et aimer son métier. Force est de constater que la profession se laisse parfois aller à de curieuses pratiques. Trois exemples tirés de l’actualité en font foi.

L’affaire Daval, en premier lieu. Chacun a suivi les dernières péripéties de ce drame, avec l’interpellation de Jonathann Daval suspecté du meurtre de son épouse. Les gendarmes ont effectué une enquête minutieuse mettant en cause cet homme éploré, avant qu’il n’avoue avoir tué Fabienne “par accident”. Son avocat ne s’est pas contenté des déclarations d’usage à la presse. À la surprise générale, il a confié : “On nous a apporté des éléments qui posent de véritables questions et Jonathann n’est pas soupçonné par hasard, c’est une réalité.”

Qu’un avocat pense que son client est coupable est banal. C’est même la preuve qu’il sait faire preuve de discernement et prendre du recul. Qu’il l’affirme à la presse l’est nettement moins. Nul ne connaît les raisons qui l’ont poussé à cette déclaration, mais elle ne contribue pas à renforcer la confiance dans une profession mal-aimée. Que penseront tous ceux qui, mis en cause dans une affaire pénale, risquent d’entendre leur défenseur affirmer publiquement sa conviction à leur sujet ?

Dans un autre genre (si l’on ose dire), la création d’une association que le barreau français attendait depuis des décennies : l’Association française des avocats LGBT, “pour aider celles et ceux d’entre nous qui se sentiraient isolés ou discriminés dans l’exercice de la profession d’avocat”. On croit rêver ! Le propre de l’avocat, lorsqu’il revêt la robe – professionnelle, s’entend -, est d’effacer sa personne derrière sa fonction. À l’audience, l’avocat n’est ni homme ni femme, ni de droite ni de gauche, ni blanc ni noir : il représente une partie et contribue à l’œuvre de justice. Qui s’intéresse à ses pratiques sexuelles ou à son bulletin de vote ? Il faut sans doute voir, dans la création de cette intéressante association, une volonté de peser sur les choix de société plutôt que de défendre ses adhérents contre d’hypothétiques discriminations. Bientôt le Rassemblement des juges LGBT ?

Enfin, un débat picrocholin comme seul le barreau sait les susciter oppose actuellement les avocats normands entre eux. En jeu, la réunion des deux cours d’appel de Rouen et de Caen. L’une a pour elle la légitimité historique – l’ancien Parlement de Normandie siégeait à Rouen dans le magnifique palais de justice de cette ville -, l’autre a pour elle la centralité géographique. Le gouvernement s’apprête à couper la poire en deux en affectant à chacune des deux cours des contentieux spécifiques. Hurlements des Bas-Normands, consternation des Hauts-Normands. Des rassemblements – en robe – ont déjà eu lieu devant les tribunaux, accompagnés de force pétitions, motions et grands discours. Qui ne changeront rien, comme d’habitude.

À cette occasion, un confrère de Coutances s’est singularisé par une déclaration destinée à rester dans les annales : “Depuis Coutances, il faut 2 h 30 pour aller à Rouen. Quand on met une cour de justice à 250 km de là où habitent les justiciables, on peut craindre qu’ils ne se déplacent plus aux audiences.” Ça tombe bien, les justiciables ne se déplacent jamais aux audiences de la cour. Cela ne sert à rien et ils ne comprennent rien au langage judiciaire. Mais à ce compte-là, on installerait une cour par département, pour que les justiciables puissent s’y rendre en une journée de cheval…

Allez, je retourne à mes dossiers. Ceux qui demandent du travail, de la conscience et de la compétence. Ce que mes clients attendent, en somme…

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