Valls qui décidément ne comprend rien à rien ne pourrait faire de plus beau cadeau au camp souverainiste que de mettre à exécution sa proposition de fusionner les listes PS et LR aux régionales. On rêverait, bien sûr, de l’implosion des deux partis de l’axe herpès et d’une recomposition politique façon bigbang mais une érosion progressive, sous forme de défections individuelles, est plutôt à prévoir.

Face aux mondialistes dont le héraut se nomme Alain Juppé, le camp souverainiste ne cesse de se renforcer. Sauf que l’on a affaire à un drôle de canard hémiplégique, costaud mais boiteux, avec une patte solide, mais à tendance hégémonique, et l’autre encore trop faible, un courant fait de bric et de broc, faute d’un leader qui l’anime et d’un parti qui le structure. Or un canard a besoin de ses deux pattes pour courir vite. 

Dit autrement, le FN même avec ses 30 à 40 % des votes, ne pourra accéder seul au pouvoir, il a besoin d’une force alliée structurée, et qui sache ce qu’elle veut, proche par les idées et même complémentaire, par sa sociologie, son histoire et son implantation géographique. 

Le souverainisme en France a toujours eu deux tendances, l’une traditionaliste, familialiste et girondine que Philippe de Villiers a incarné et que je qualifierais de souverainisme identitaire et l’autre populiste, moderniste, jacobine au FN (mais aussi chez Pasqua-Séguin), un souverainisme patriotique. A noter que dans la tradition souverainiste, et chez de Gaulle même, la forme libérale ou étatique de l’économie ne compte guère. L’argent, ou l’intendance, n’est rien, seules les valeurs comptent. Quant au souverainisme de gauche c’est un leurre. Ça n’a jamais fonctionné.

Qu’est ce que Villiers, Ménard, Dupont-Aignan, Zemmour ou Buisson, et même Guaino, Morano, les époux Bompard et une bonne part des troupes de la Manif pour tous ont donc en commun ? De défendre, comme le FN, la souverainete politique de la France contre Bruxelles, Francfort et Washingron mais aussi, de plus en plus, d’incarner une droite des valeurs et des institutions – la famille, la catholicité, les terroirs – et de croire en l’identité française, culturelle et charnelle, en une France éternelle par delà les vicissitudes de l’histoire, contre l’ideologie du métissage, du grand mélange migratoire et de la croyance irénique de la paix sociale par le multiculturalisme.

Soyons réalistes, sans être discourtois. Ni Villiers, qui a pris trop de coups, politiques et familiaux, ni Dupont-Aignan, qui n’a pas le cuir assez dur, n’ont l’étoffe de devenir des chefs pour ce courant là du souverainisme. Des inspirateurs, certainement. Philippe de Villiers a été un visionnaire. Il a vu tôt les dangers qui menaçaient notre pays, à l’instar d’un certain Jean Marie Le Pen, dans le genre populiste et populaire. Mais ces deux là étaient trop différents, de caractère et de milieux d’origine, pour pouvoir un jour s’entendre.

Le plus important pour le moment est de construire des ponts entre les deux branches du souverainisme, d’établir les conditions d’un travail futur. C’est ce à quoi s’attachent les “go-between”, tel Robert Ménard élu à Béziers avec l’appui du FN mais qui ne cesse de dire tout le bien qu’il pense de Philippe, Éric ou Nadine, ou de Marion Le Pen qui n’a jamais caché sa  sympathie pour la Manif pour tous et les valeurs traditionnelles de la vraie droite.

12 novembre 2015

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