Il paraît qu’il existe un comité de vigilance consacré aux seules mairies dirigées par le FN et par . La multitude des autres serait donc, par nature, irréprochable ?

Les élus, selon Libération, “profitent de l’été pour prendre des arrêtés aussi démagogiques qu’illégaux, contre les jeunes, les prostituées ou les mendiants. Florilège de la bêtise”.

On n’est pas obligé d’être convaincu par une charge aussi partiale que prévisible.

Robert Ménard, depuis qu’au grand dam de beaucoup il est devenu maire de Béziers, fait l’objet d’une attention négative toute particulière. Et ce défaut de bienveillance systématique fait que ses décisions et son action ne sont jamais examinées comme il conviendrait, mais caricaturées au seul motif qu’elles émanent de lui.

Ces préventions, qui excluent toute bonne foi, interdisent aussi de s’interroger lucidement et objectivement sur la dernière initiative de Robert Ménard : convier tous les Biterrois à une messe célébrée en ouverture de la feria le 13 août.

On s’est gaussé de ce qu’on a qualifié d’« arrêté anti-linge » aux fenêtres à Béziers “parce que les façades ont un impact important sur l’attractivité économique et touristique de la ville, et notamment en matière d’ordre esthétique…”. Je ne méconnais pas qu’il y a sans doute pour un maire d’autres priorités, et que cette volonté de rentrer dans les détails de l’apparence urbaine peut surprendre.

Mais rien en tout cas qui puisse scandaliser. Rien qui offense le bon sens et le sentiment que peut avoir chacun de la décence et de la propreté de “sa” ville comme si elle était commune, en même temps la maison de chacun. Ce qui devrait être le cas.

La Ligue des droits de l’homme, dont on devine que Robert Ménard est son “client” préféré, a formé un recours devant le tribunal administratif contre trois de ses arrêtés. A le supposer fondé, je suis tout de même inquiet devant une conception qui se sert du droit comme d’une entrave plutôt que pour le facilitateur d’une vie sociale souhaitable.

– Le pour les mineurs de 13 ans, de 23 heures à 6 heures du matin, durant les fins de semaine et du 15 juin au 15 septembre. Avec une amende de 38 euros pour les parents récalcitrants.

– La garde périscolaire réservée aux enfants de parents qui travaillent et ont un emploi.

– La suppression des aides sociales de la mairie pour les personnes qui ne se rendent pas à une convocation aux fins “d’un rappel à l’ordre”.

Pour les effets du premier, une nette baisse de la présence d’enfants dehors à des heures indues a été constatée.

Pour le deuxième, Robert Ménard a fait remarquer que les personnes en recherche d’emploi n’étaient évidemment pas concernées par les horaires précoces de la garde périscolaire.

Pour le dernier, le maire a souligné “qu’on ne peut pas se moquer de la ville et profiter de ses aides en parallèle” (lexpress.fr).

Le contenu intrinsèque de ces dispositions tend peu ou prou à pallier la carence d’éducateurs défaillants ou à rappeler la nécessaire réciprocité des droits et des devoirs. Aussi, je me demande si le procès intenté sans répit à Robert Ménard n’est pas d’un autre ordre.

Le changement, c’est maintenant : ce slogan aurait dû être le sien.

Ce qui déconcerte, et même plus, indigne beaucoup de ses adversaires, c’est que non seulement il fait – avec le pouvoir tout de même limité d’un maire – ce qu’il a promis, mais qu’en plus il n’hésite pas à mettre en œuvre les évidences de la quotidienneté tranquille et consensuelle. Qui n’a pas, dans la familiarité d’échanges que l’idéologie n’a pas gangrenés, suggéré contrôle et rigueur pour qu’on ne laisse plus traîner des enfants la nuit dans les rues ? Ou exigé qu’on ne puisse pas être aidé par les services sociaux si on ne les respecte pas ?

Robert Ménard est un maire de rupture comme il y a eu, en d’autres temps, une défense de rupture. Non pas parce qu’il édicterait des arrêtés indignes mais au contraire parce qu’il ne juge pas impossible le passage du souhaitable au réalisable et que le bon sens, aussi basique qu’il soit et aussi autoritaire qu’il se doive d’être face à certaines situations, ne lui fait pas peur. Qu’il lui semble en tout cas un meilleur inspirateur que la mollesse faussement progressiste ou l’inaction fataliste.

Son activité municipale, en ce sens, est aux antipodes de la provocation (lepoint.fr) sauf si on admet qu’aujourd’hui, et de plus en plus, la raison ferme est provocatrice par excellence.

Mais il y a eu la messe en ouverture de la feria qui aurait dû rassembler, selon le vœu du maire, tous les Biterrois. Ce qui n’a pas manqué de susciter l’ire du Front de gauche et d’Alexis Corbière au nom de la laïcité et parce que la feria a été initiée en 1968 par un socialiste.

Éliminons les querelles de bas étage.

Robert Ménard a le droit d’être catholique, de le dire, d’en tirer des conclusions personnelles et familiales, et on n’a pas besoin, avec une dérision lassante et lourde, de dénoncer l’influence qu’aurait eue sur ce plan intime son épouse Emmanuelle Duverger. Quel crime, en effet !

Je suis très sensible à cette obsession médiatique à laquelle n’échappe aucun de ses portraits parce qu’elle me rappelle l’indélicatesse avec laquelle, à la fin d’Alstom et contre mon frère Pierre – scandaleusement décrié avant de se faire rendre justice grâce à son exceptionnelle intégrité –, on avait perfidement et à tout coup glissé qu’il était catholique pratiquant et père de cinq enfants. Comme s’il s’agissait d’une tare.

Je comprends aussi parfaitement le souci de Robert Ménard de constituer la feria de Béziers, et surtout ses suites, comme une fête joyeuse et consensuelle, alors que je n’ai jamais connu beuverie collective nocturne plus lamentable, grosse de désordre et de violences.

Mais fallait-il pour tenter cette pacification des esprits et des cœurs user de ce mode religieux en espérant le voir adopté par tous – un leurre ! – même si par ailleurs le maire avait fait appel à des moyens plus classiques (des CRS) en renfort ?

Pour ma part, sans tomber dans ce laïcisme qui vous rendrait épris de religion rien que par contraste, je perçois tout de même un double inconvénient dans l’expression publique de cette croyance et dans son organisation municipale.

Le premier est qu’il risque de rendre moins efficiente la lutte contre les signes religieux ostentatoires dans les écoles. Ce combat est celui d’une laïcité apaisée et sûre d’elle.

Le second – plus grave – est que convier tous les Biterrois à une messe, c’est faire fi du pluralisme des convictions, des adhésions ou des rejets, c’est sans doute complaire mais aussi accentuer le clivage avec d’autres. C’est créer aussi une exclusion, qui ne correspond pas à la volonté profonde du maire de rassembler, d’unir.

Il est clair qu’à l’avenir Robert Ménard devra songer, pour “purifier” la feria de Béziers, à d’autres inventions…

Si j’avais à le mettre en garde, ce serait sur ce seul plan. Il a tant bataillé pour la liberté d’expression, essuyé tant de controverses, répliqué à tant de polémiques qu’il peut être tenté, comme maire, de reconstituer inconsciemment ce climat de tension et d’antagonisme.

Les Biterrois, contrairement aux médias attendant avec une joie sadique anticipée ses dérives constamment annoncées, le jugeront sur ses actes.

Que Robert Ménard continue d’assumer sa mission mais en n’oubliant pas ce que pourrait être, pour un maire (pour lui), la douceur, l’apaisement d’être aimé par tous.

Car, à Béziers, il n’est pas présumé coupable.

Extrait de : Robert Ménard, un maire de rupture…

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