Le coup des « heures les plus sombres » a du plomb dans l’aile. Le bruit des bottes qu’on entend déjà, les croix gammées, la petite moustache ajoutée sur la photo… L’électeur ne marche plus. N’y fait même plus attention. Il s’est habitué. Une affiche de Marine Le Pen sans mèche ni moustache peut même le déconcerter. Ceux qui n’ont pas la télévision se disent : « Tiens, elle a changé de coiffure… »

Bref, le truc est usé jusqu’à la corde. Vingt ans de cet argumentaire et le FN se porte comme un charme. Conscients de l’échec de cette stratégie, voilà les petits malins à gros sabots en quête d’un nouvel épouvantail. Mais quoi ? Barbe bleue ? Démodé. Attila ? Non. Le Ku Klux Klan ? Pas assez connu. Trop peu référencé. Daech ! L’idée a surgi. L’ampoule s’est allumée, était le produit idéal pour effaroucher la ménagère. L’anti-Mr. Propre, le repoussoir qui salit tout du sol au plafond.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Antenne de RMC, rodage de la trouvaille. Bourdin à la manœuvre : « Il y a un lien entre le FN et Daech. Ils n’ont rien à voir, mais il y a un lien, ça ne fait aucun doute, mon cher Watson. /FN, le lien. Paf ! Il est là, le lien. » On est dans le subliminal. Aux prises avec sa vaisselle, la ménagère entend ces deux mots accolés l’un à l’autre… Oreille distraite. L’auditeur n’est pas concentré sur chaque phrase et Jean-Jacques Bourdin le sait bien. Raison pour laquelle il joue avec le concept. En rajoute, se pourlèche, malaxe le tout… La populace doit finir par confondre les deux. Marine Le Pen, les égorgeurs… Allez, je vous mets ça dans le même paquet. C’est pour offrir ?

L’argument des deux entités qui seraient dans la même démarche de repli identitaire est à mourir de rire. Daech identitaire peut-être, mais repli… On aimerait bien !

Et Marine Le Pen de tomber dans le panneau… Le piège était pourtant bien grossier. Les ficelles dépassaient, mais elle saute dessus à pieds joints. Les mâchoires se referment. Au revoir. Cazeneuve passe et ramasse la prise. Cliché avec le trophée. Il l’a bien eue.

Une vraie débutante. En répondant à une insinuation d’une telle énormité, elle a, comme qui dirait, donné du crédit à l’accusation. Les photos de cruauté islamiste, Bourdin les connaît par cœur. Il n’y a rien à démontrer. Juste prendre les Français à témoin. Démonter le stratagème et même en rire. On ne répond pas sérieusement à des galéjades. Même pas de procès. Il suffit juste de les laisser s’enliser dans leurs propres délires. Comme dans les sables mouvants : à chaque fois qu’ils bougent, ils s’enfoncent. Quand il n’y aura plus que la tête de Bourdin qui dépassera, on ira le tirer de là. C’est un homme capable. Avec sa grosse voix, il peut faire de bonnes émissions, raconter des histoires de grand méchant loup aux enfants. Les trois petits cochons et Marine Le Pen qui veut les manger… Les mômes en redemandent. Les adultes, c’est moins sûr.

18 décembre 2015

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