Entretien réalisé par Timothée Macé Dubois et Baudouin de Saxel

Selon un rapport de l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), dévoilé devant une commission d’enquête au Sénat, le rugby est, proportionnellement au nombre de contrôles, le sport le plus touché par le dopage. L’écrivain et spécialiste du rugby Denis Tillinac nous éclaire sur les causes de ce fléau.

Êtes-vous surpris par les résultats de cette étude ?

Bien évidemment. Toutefois il y a certaines nuances à connaître. D’une part la législation française est la plus rigoureuse du monde à ce sujet : beaucoup de produits légèrement amphétaminés comme la créatine sont autorisés dans les pays anglo-saxons et ne le sont pas en France. Enfin et surtout, le dopage comme l’entend cette étude comprend également toutes les analyses faites sur des matchs de Fédérale 2[ref]NDLR : deuxième échelon du rugby amateur.[/ref]. À ce niveau, ces gamins sont amateurs et se droguent en boîtes de nuit : ce n’est pas forcément ce que je qualifierais de dopage scientifique. Cela se saurait si et rugby étaient compatibles ! On est tout de même très loin des histoires de sang transfusé du cyclisme, même s’il y a de grands risques pour que cela arrive, à terme. En effet, à partir du moment où l’on fabrique des grands mercenaires sophistiqués, il faut de facto les nourrir artificiellement, et ce avec des substances qui les rendront plus performants.

Cette dérive du rugby est-elle inévitable ?

Potentiellement, le professionnalisme entraînera dans son sillage des problèmes de dopage, c’est inéluctable. Toutes les tares que l’on connaît dans le milieu du football et dans le milieu sportif en général arriveront dans le rugby. Il y a malheureusement une évolution des mœurs, dans ce sport encore amateur il y a 20 ans.
Les sponsors, l’argent et les droits à l’image ont déjà commencé à gangrener l’ovalie. Et que dire de l’achat de joueurs en provenance des tropiques ou des îles, que l’on renvoie chez eux au bout de six mois ? Cela s’apparente clairement à un échange de marchandises humaines ! On oublie que ce noble sport a été inventé dans les collèges anglais à des fins pédagogiques, du temps de la reine Victoria...

Vous semblez nostalgique...

Je le suis. La seule solution serait que le système se casse la gueule financièrement, ce qui n’est d’ailleurs pas exclu avec la crise. L’argent, la télé et son voyeurisme sont entrés dans les vestiaires autrefois sacrés. Or, lorsque les intègrent un système, celui-ci pourrit de l’intérieur. La culture, l’art, même la religion : rien ne résiste à la pourriture médiatique. Dans le sport, la folie des droits de retransmission nous a rendus enclins à construire des stars artificielles, quasiment des gladiateurs. C’est là le fin mot de l’histoire : le sport s’est littéralement transformé. Alors qu’il était, au début du siècle, assez proche de la noblesse qui était la sienne à Athènes, il est devenu symbole de la décadence, à l’image des cirques de Rome.

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29 mars 2013

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