Toute époque charrie son lot de fausses bonnes idées. L’ère de la robotisation et d’un nouveau partage du travail à l’échelle mondiale, créant ici des chômeurs et à l’autre bout du monde des esclaves, annonce à terme l’instauration d’un à même de faire face aux nouvelles réalités économiques.
 
Preuve, probablement, que l’idée n’est en réalité pas si bonne que cela, elle est partagée aussi bien par des éminences grises de la Silicon Valley que par Benoît Hamon, candidat à la primaire socialiste qui, fort heureusement, ne passera probablement pas l’écueil du premier tour de la présidentielle.
 
L’octroi d’un revenu de base accorde à chaque citoyen un droit inconditionnel, sans que soit exigée la contrepartie d’un investissement personnel. Or, lorsqu’une rémunération est découplée de l’accomplissement d’un travail, la cesse de pourvoir à son développement économique, sociétal et humain. En même temps, il se développe l’oisiveté – au nom du droit à la paresse qu’avait déjà théorisé Paul Lafargue -, l’assistanat et finalement le ressentiment.
 
Pour ses thuriféraires, l’allocation universelle comblerait les carences à venir : comme le plein-emploi deviendra, selon eux, un mythe accentué par la mécanisation de l’économie, autant accorder à chaque individu un revenu, en réalité une prime, à l’inactivité. Le raisonnement se tient lorsque l’on ne se donne pas les moyens de relancer l’ en axant les réformes nécessaires sur la libre entreprise au sein de frontières bien gardées, et donc la protection face à la concurrence du marché mondial.
 
Si une allocation universelle peut résoudre quelques problèmes structurels en diminuant la fraude sociale, en allégeant de tout un pan l’administration publique et en diminuant la pauvreté, elle pèche par son impossible financement – entre 400 et 600 milliards, en France, pour un revenu de 750 euros mensuels – et par la difficulté de circonscrire les bénéficiaires d’un tel revenu – du réfugié au retraité ? 
 
De surcroît, la période difficile dans laquelle la occidentale est entrée de plain-pied nécessite que celle-ci renoue avec la « valeur travail ». L’histoire nous a malheureusement suffisamment appris qu’une société oisive est prête à être engloutie et, donc, à disparaître.
 
Si l’on nous a appris depuis longtemps que tout travail mérite salaire, il faudra désormais réapprendre que tout salaire mérite travail.

28 janvier 2017

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