Si on laisse la situation en l’état, l’AGIRC qui gère les pensions de retraites des cadres n’aura, fin 2017, plus assez de réserves pour les payer intégralement.

Cette information révélée par le magazine Challenges n’est pas une surprise, elle est valable pour tous les régimes de retraite, conséquence inéluctable de l’évolution défavorable de la démographie française illustrée par une statistique accablante : le rapport entre cotisants et retraités, qui était de 4 cotisants pour 1 retraité en 1960, est de 1,4 pour 1 aujourd’hui et devrait tomber en dessous de 1 à l’horizon 2040. En termes financiers, cela se traduit pas un déficit chronique et croissant des 33 principaux régimes de base et complémentaires. De l’ordre de 18 milliards d’euros en 2013, il augmente chaque année et pourrait atteindre 50 milliards en 2040 sans une réforme radicale des conditions d’accès à la retraite. À titre de comparaison, l’ensemble des interventions militaires engagées par l’ française pour lutter contre le terrorisme (Mali, Centrafrique, Sahel et Afghanistan) coûte 1 milliard d’euros par an.

Que faire ? Augmenter le taux de cotisation semble exclu puisque cela reviendrait à annuler tous les efforts du gouvernement pour diminuer la pression fiscale sur les entreprises et une perte de pouvoir d’achat pour les actifs. Augmenter la durée de cotisation (et/ou le nombre de trimestres requis) ? Avec déjà 5 millions de chômeurs et des qui cotisent de plus en plus tard faute de trouver leur premier emploi, c’est socialement explosif. Reste la diminution des prestations, elle aussi explosive mais plus facile à faire avaler par une population qui, en moyenne, est beaucoup moins paupérisée que les actifs puisqu’elle détient plus de 70 % du patrimoine des ménages.

Faut-il condamner le système par répartition ? Il existe un débat pour savoir si le système par répartition est un système pervers de type Ponzi 3. Ceux qui le nient avancent deux arguments (sa transparence et son caractère obligatoire qui en assure la pérennité), sans même réaliser que le second argument – qui d’ailleurs n’est plus vérifié – invalide le premier. Oui, le système par répartition peut s’apparenter à un système de Ponzi au sens que les revenus distribués aux uns ne sont rien d’autre que le capital apporté par les autres. Milton Friedman et Paul Samuelson, que pourtant tout oppose 4, étaient au moins d’accord là-dessus. Pour autant, ce système doit être conservé pour les plus bas revenus – minimum vieillesse, voire un peu au-delà – au titre de la solidarité. Au-dessus de ce seuil, le recours à la capitalisation est inévitable et l’augmentation régulière depuis 1986 du taux d’épargne des ménages – malgré la baisse de leur pouvoir d’achat – indique que cette substitution, spontanément, a déjà commencé.

Reste à savoir si l’État aura le courage de l’institutionnaliser, ce qui encouragerait les actifs à constituer leur propre fonds de capitalisation le plus tôt possible, ou préférera laisser pourrir la situation en rognant petit à petit sur le niveau des prestations, ce qui serait, à terme, catastrophique.

Notes:

  1. Du nom de l’escroc Charles Ponzi qui inspira Bernard Madoff
  2. Milton Friedman, prix Nobel école monétariste et Paul Samuelson, prix Nobel école néo-keynésienne
  3. Du nom de l’escroc Charles Ponzi qui inspira Bernard Madoff
  4. Milton Friedman, prix Nobel école monétariste et Paul Samuelson, prix Nobel école néo-keynésienne

20 septembre 2014

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