Editoriaux - Entretiens - Histoire - Politique - Religion - Table - 11 juillet 2014

Nous retournons auprès des Irakiens souffrants !

Entretien réalisé par Charlotte d’Ornellas

Charles de Meyer est président de SOS Chrétiens d’Orient, association qui a choisi d’apporter un soutien financier mais également humain aux chrétiens d’Orient en allant les voir sur place. Ils étaient à Noël en Syrie, et à Pâques en Irak. Ils s’apprêtent à retourner en Irak après quelques jours passés au Liban.

Vous retournez au Kurdistan irakien, quelques semaines après l’attaque de l’EIIL qui a provoqué un exode massif et probablement définitif des chrétiens vers cette région…

Nous voulons témoigner de notre solidarité de jeunes Français auprès des Irakiens souffrants. Ces chrétiens ont subi de multiples persécutions à travers l’histoire : celles des Mongols, de certaines dynasties arabes et plus tard de l’Empire ottoman.

Depuis 2003, leur situation s’est encore détériorée puisqu’ils ont dû fuir le sud du pays pour s’abriter au Kurdistan ou dans la plaine de Ninive. Le drame se rejoue avec l’offensive islamiste.
Il faut que la France, dont le lien avec cette partie de la Mésopotamie date du XIIIème siècle, soit représentée par ce qu’elle a de plus beau : la charité, l’ouverture aux richesses de ces communautés et l’héritage de siècles de missionnaires inspirés par cette région.

Avez-vous des nouvelles des chrétiens que vous avez déjà soutenus et aidés, notamment en Irak ?

Nous restons en contact avec les chrétiens rencontrés lors de nos deux missions précédentes en Syrie et en Irak, ainsi qu’avec les autorités ecclésiastiques. Ils nous tiennent au courant de l’évolution de la situation, mais nous font part également de leurs inquiétudes ou de leurs doutes.

Nous avons par exemple reçu le témoignage d’un jeune chrétien resté sur place, à Qaraqosh : « Nous avons perdu espoir dans notre pays car il n’a plus jamais été un endroit sûr pour nous depuis 2003 et l’invasion américaine. Il n’y a pas plus de sécurité, les libertés religieuses et politiques sont menacées. Tout le monde peut se faire tuer à cause de sa religion ou de ses convictions. Nous espérons vous revoir très vite car la venue de SOS Chrétiens d’Orient à Pâques fut une véritable bénédiction … ».

Garder ce contact sera d’autant plus nécessaire que nous souhaitons ancrer nos nouvelles missions sur des projets s’inscrivant dans le long terme, comme la construction d’un puits ou la reconstruction d’églises, avec un suivi tous les 3 mois depuis l’Irak.

Les chrétiens continuent-ils à fuir ?

Oui, la quasi totalité des chrétiens ont fui Mossoul. Les 50.000 habitants de Qaraqosh, ville presqu’entièrement chrétienne, ont du abandonner leurs maisons avant de pouvoir revenir chez eux une fois la menace EIIL éloignée… mais demain ?

Les autorités ecclésiastiques luttent contre ces exodes de masse. C’est pourquoi nous voulons apporter notre soutien à ces populations, par une aide matérielle d’une part, mais aussi une présence morale et spirituelle. Il faut tout faire pour que leur place en Irak soit préservée. L’émigration n’est pas une solution satisfaisante pour ces communautés qui rencontrent un Occident décevant et se départissent de l’incroyable richesse de leur témoignage sur la terre des pères fondateurs de notre foi.

Vous avez choisi de placer ce voyage sous le regard de saint Charbel, pourquoi ?

Saint Charbel est un moine maronite libanais qui s’inscrit dans la vaste tradition de l’érémitisme oriental. On dit de lui « qu’il a abandonné le monde pour se consacrer à Dieu qui était tout pour lui ».

Exemple d’une foi radicale, il inspire notre mission par trois vertus dont il a constamment fait preuve au cours de sa vie : le travail, l’abandon et l’espérance.

Il a travaillé la terre avec acharnement en offrant ce quotidien au Christ. Il est aussi un maître d’espérance, puisqu’il témoigne dans son arrachement au monde combien l’obéissance et le labeur peuvent faire naître les plus grands lendemains, même sur une terre aride.

Charbel est un fils du Liban, nation dont la vie est le fruit d’un constant effort depuis des siècles : effort d’authenticité et d’enracinement de ces jeunes générations tentées par l’émigration, effort pour la préservation du christianisme libanais.
C’est ce modèle dont nous voulons nous inspirer tant en France qu’en terre orientale.

Vous passerez donc quelques jours au Liban avant d’aller en Irak…

Oui car saint Charbel est Libanais, nous allons donc commencer notre mission en nous recueillant devant ses reliques. De plus, nous avons été invités par l’archidiocèse grec melkite catholique de Furzol, Zahle et de la Bekaa, afin de visiter des camps de réfugiés syriens, en leur apportant de l’eau et de la nourriture.

Enfin, le Liban subit une grave crise politique et beaucoup redoutent qu’il soit la prochaine cible des islamistes de l’EIIL. Nous souhaitons donc, comme ce fut le cas lors de nos précédentes expéditions, prendre contact avec la population locale et lui montrer l’attachement et le soutien de la France et des chrétiens Français.

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