La période de Noël se termine et les décorations se rangent dans leurs cartons jusqu’à l’an prochain. Notamment les crèches. Revenons donc avec un peu de recul sur la polémique des crèches publiques qui a, de nouveau, défrayé la chronique.

Selon certains, la France étant un pays laïc, le domaine public devrait être exempt de tout signe religieux. La devant se cantonner dans l’intimité du foyer. Cette conception repose sur une confusion entre domaine public et espace public.

Le domaine public est le domaine du politique, de l’action collective. Il se distingue du domaine privé, qui concerne les personnes, leurs choix propres, leur action personnelle, leur culture. Mais cette distinction ne recouvre pas celle de l’espace public et du foyer.

Ce qui est du domaine public se déploie dans l’espace public. À ce titre, il est soumis à l’exigence de transparence (publicité des lois, des décisions publiques) et, en France, à la neutralité religieuse qu’on appelle laïcité. Ce qui est du domaine privé se déploie, certes, dans l’espace privé du foyer mais peut aussi se déployer dans l’espace public. Sinon, il faudrait supprimer tous les calvaires, toutes les chapelles, débaptiser les communes dont le nom comporte le mot « saint », etc. La est, certes, une pratique privée mais qui se manifeste aussi dans l’espace public. Tout comme l’art. L’architecture, le premier d’entre eux, ne peut même se manifester que publiquement. Faudrait-il ne bâtir que des cubes de béton ? La façon de s’habiller est également privée. Devrions-nous tous porter un uniforme au prétexte de laïcité ?

Il y a, certes, des activités privées qui exigent de ne pas être publiques. C’est ce qui concerne l’intime, notamment ce qui relève de l’amour (ce pourquoi le mariage civil ne parle jamais d’amour). Paradoxalement, certains laïcistes ne sont pas choqués lorsque des campagnes de publicité montrent publiquement des comportements intimes. Mais cela fait sans doute partie des contradictions humaines.

Cet entre-deux du domaine privé, entre le foyer et l’espace public, est constitutif de la société. Il est la que nous appartenons à une même culture, forgée pas des siècles d’histoire commune, histoire que même les nouveaux arrivants partagent ou devraient partager. Car un peuple n’est pas un simple agrégat d’individus. C’est aussi un ensemble de valeurs, de repères, de connivences qui fait que nous nous reconnaissons comme Français même quand nous sommes à l’étranger. C’est aussi ce qui fait que nous nous sentons étrangers dans un autre pays, quel que soit l’affabilité de ses habitants. Cela signifie que si le foyer est le lieu où tout comportement, l’expression de toute culture sont permis, ce n’est pas le cas de l’espace public. Bien que lieu où peuvent se manifester des convictions privées, ce ne sont pas toutes les convictions qui peuvent s’y manifester mais celles qui sont constitutives de la culture de la nation.

Une crèche dans l’espace public au serait une provocation, même dans le jardin d’une maison. Elle serait une attaque contre la culture marocaine. L’interdiction de la crèche dans l’espace public français est une attaque contre la culture française. L’islam marque profondément la culture, les mentalités marocaines. Le christianisme marque profondément la culture, les mentalités françaises. Que l’on soit croyant ou non. Le nier, c’est nier la France elle-même, qui est un pays de culture chrétienne où l’État est laïc.

15 janvier 2017

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