Les politiciens qui veulent se rendre intéressants sans grand effort et sans le moindre travail de réflexion évoquent aujourd’hui un retour au service national. Ils ont, comme d’habitude, dans l’agence de placement électoral qui s’appelle encore l’UMP, notamment, suivi les sondages très favorables à cette proposition qui séduit jusqu’à 80 % du public.

Outre que les questions du coût, de l’encadrement et des capacités d’accueil d’un service national forcément étendu aux deux sexes ne sont pas sérieusement abordées, il est clair que sa finalité serait totalement différente de celui qui a été suspendu en 1997. On ne propose pas un service de du pays, mais un outil pédagogique plutôt civil pour remédier aux carences évidentes de notre société pour assurer une cohésion sociale et nationale pourtant indispensable à son bon fonctionnement.

L’école n’étant pas capable d’enseigner les valeurs républicaines, ni de former de bons citoyens possédant un métier, on se dit qu’au bon vieux temps du service militaire, la vie en commun soumise à la discipline d’hommes différents mais réunis « sous les drapeaux » était le rite d’initiation nécessaire pour que des adolescents individualistes deviennent des hommes et les membres d’une nation. Au passage, l’armée repérait les dysfonctionnements de la formation initiale et y remédiait souvent.

La grotesque Journée d’appel de préparation à la devenue Journée défense et citoyenneté ne remplit évidemment pas ces rôles. En revanche, on se retrouve avec des générations peu conscientes de l’intérêt national, peu enclines à le concevoir et incapables de le défendre. Pour comble, des groupes se constituent de « Français » de papier qui détestent « leur » pays et ses valeurs, mais vont se former militairement à l’étranger et possèdent des armes de guerre à domicile. Effarés par cette découverte, et dans la panique, les politiciens crient : "service national !"

Le contenu des propositions varie. La durée serait de trois à six mois. Xavier Bertrand, pour faire sérieux, lance des chiffres : 600.000 jeunes par an, pour trois mois avec 15 jours « militaires », et 1,5 milliard de coût annuel. D’autres pensent à une extension du service civique qui, avec 35.000 engagés, ne répond pas à la demande. Le Parti socialiste songerait à le rendre obligatoire et gratuit pour une durée de six mois. Le ministre de la Défense, comme le président de l’Agence du service civique, François Chérèque, font valoir les obstacles à cette idée lancée à la légère : son coût et son caractère coercitif. Alors que l’effort de défense exigé par le contexte international remet en cause les économies prévues et que le budget du service civique est insuffisant, il faudrait augmenter considérablement la dépense ?

L’enjeu est plus vaste. Il demande une véritable révolution idéologique, et non des solutions superficielles. Si le parcours citoyen commence par un prêchi-prêcha scolaire sur la laïcité, l’antiracisme, l’égalité des « genres » et autres valeurs « républicaines » à l’école et s’achève par un service national, sans doute inégalitaire et perçu par beaucoup comme une corvée et une perte de temps, le remède risque d’aggraver le mal. Trois mesures me paraissent indispensables, et bien éloignées des pratiques actuelles.

D’abord, l’école, dans sa forme comme dans son contenu, doit changer. L’uniforme pour les élèves, le lever des couleurs, le retour au roman national en histoire sont plus sûrs qu’un cours de morale pour apprendre aux élèves à aimer la France et à préférer certains comportements à d’autres.

Ensuite, un effort particulier doit être prodigué en faveur des mouvements qui promeuvent chez les jeunes l’effort, la discipline, la solidarité et l’altruisme, dont le est le modèle.

Enfin, en aval, le service national revisité devrait conduire à la constitution d’une Garde nationale, dont la mission serait complémentaire de celle de l’armée : participer à la sécurité intérieure, entretenir l’esprit de défense dans l’ensemble de la nation, et faire face aux catastrophes éventuelles. Une telle révolution ne s’improvise pas, ne s’impose pas. Elle exige, en revanche, des choix budgétaires difficiles. Elle ne peut, à mon sens, être décidée que par le peuple par le biais d’un référendum.

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5 février 2015

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