L’article signé d’un certain abbé Benoît, chapelain à Lyon, sur le site Riposte catholique, a mis le feu aux poudres. Cet homme s’est rendu coupable d’avoir réfléchi, peut-être avec trop de franchise… en homme d’Église.

Évoquant le concert donné au Bataclan par le groupe de rock Eagles of Death Metal, il rappelle que la fusillade a eu lieu à l’instant où la chanson « Kiss the Devil » était interprétée. Et de mettre en garde la jeunesse : « Vous invoquez le diable en rigolant ? Lui vous prend au sérieux… » Et, plus loin : « Le diable, si vous lui ouvrez la porte, il s’engouffre… »

Le pieux homme en a même rajouté une louche : « 130 morts, c’est affreux ! Et 600 morts, c’est quoi ? C’est le chiffre des avortements en France le même jour. Où est l’horreur, la vraie ? »

Le magazine Marianne s’en est étouffé d’horreur et de confusion ; ce curé non identifié aux comparaisons il est vrai borderline (les jeunes festifs du Bataclan et les djihadistes seraient des « frères siamois » ?) n’est même pas recensé chez Civitas, cette bande de catholiques intégristes pourtant mieux fichés que tous les salafistes présents sur le territoire… à en perdre son latin ! Mgr Barbarin a immédiatement réagi en intimant l’ordre à cet abbé provocateur de se retirer dans une abbaye.

Depuis le 13 novembre, la bobosphère le répète sur tous les tons : la résistance au terrorisme sera culturelle ; aller au bistrot, au concert ou au stade, oui ; mais réfléchir à l’au-delà et aux conséquences de nos actes, non !

Natacha Polony, elle, a bien pris toute la mesure de ce combat culturel dans sa revue de presse de lundi 23 novembre sur 1. Grâce à elle, nous voilà, sans rire, alertés sur le sort des orangs-outans victimes d’incendies en Indonésie. Elle nous dresse un tableau sinistre de la misère de ces pauvres singes plus sensibilisés que certains d’entre nous (suivez mon regard) : « Il faut voir leur regard plein d’une infinie tristesse qui nous ramène à l’aube de notre humanité, car de l’humanité, dans ce regard, il y en a bien plus que dans celui des fanatiques de la pureté. »

Dans ce monde Big Brother de liberté d’expression surveillée, les mêmes bobos libertaires ne se lassent toujours pas de distribuer les bons et mauvais points. Pourtant, vendredi 13, le Ciel leur est bien tombé sur la tête. Que leur faut-il de plus pour laisser libres de parole ceux qui, comme ce téméraire abbé, osent se pencher sur les véritables maux dont nous souffrons tous ?

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