Alors que Donald Trump vient de remporter haut la main le caucus du Nevada avec 45,9 % des voix, le giron du politiquement correct continue de pleurer à chaudes larmes. On a beau retourner le pourquoi du comment dans tous les sens, rien ne semble en mesure d’endiguer le plus formidable complot de la réacosphère mondiale. Mais qui êtes-vous donc, Monsieur Trump ?

Il y a chez ce magnat new-yorkais tout ce que l’ révèle à la fois de séduisant et d’exaspérant. Capitaliste impitoyable qui surfe sur la vague populiste, pour les uns, entrepreneur accompli à l’écoute du peuple, pour les autres. Des sentiments aussi dissemblables qui nous rappellent chaque jour la crise sociale dans laquelle le pays est plongé.

Seule certitude, et non des moindres, Donald Trump n’est pas le genre de personnage venant servir la soupe à l’establishment ; cette entreprise informelle mais visible, qui fait les carrières mais défait les hommes.

Face aux démocrates comme aux républicains, la première force de Trump, sous-estimée par nos médias, tient d’abord à son autopromotion outrancière. Il représente d’abord (cela peut paraître bête) lui-même et n’hésite jamais - au risque de choquer bien au-delà du raisonnable - à cultiver son authenticité. Une telle posture, si elle présente des inconvénients, a le mérite de parler aux personnes exaspérées par les faux-semblants des « dynasties » qui, des Kennedy aux Clinton, ont fait les beaux jours de l’hypocrisie institutionnalisée. Toute cela, les Américains n’en peuvent plus, n’en veulent plus. J’avoue parfois avoir du mal à cerner ce qui agite les ressorts de sa conviction profonde. Toujours est-il que la « ligne » Trump n’est pas appréciable selon les conceptions de l’anti-système traditionnel. Ce serait trop simple, voire simpliste.

À l’exception du discours anti-immigration qui pourrait le rapprocher de l’aile du Parti républicain, sa rhétorique tend plutôt à se désolidariser du paradigme intellectuel jusqu’à présent dominant. En effet, quel reaganien pur sucre demanderait une augmentation des impôts pour les plus riches ? Les professionnels de l’indignation n’ont d’ailleurs pas encore eu à relever de déclaration fracassante sur l’homosexualité (allez, encore un effort !), et encore moins une quelconque posture mystique à laquelle la base évangélique est pourtant sensible.

Sur le plan de la politique étrangère, aux antipodes du va-t-en-guerre, Trump offre un curieux mélange de realpolitik et d’esprit marchand. Non sans reconnaître l’arrogance du postulat, le candidat insiste davantage, et avec une certaine habileté, sur les aspects contre-productifs de l’interventionnisme. Comme pour les relations avec la Russie, il parvient à exprimer un désaccord radical, tout en gardant une juste mesure propre à ne pas l’éloigner complètement des électorats traditionnels.

En fin de compte, Trump n’est prisonnier de personne. Et aucun des candidats, fût-il démocrate ou républicain, ne pourra lui enlever cet avantage.

27 février 2016

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