[Reportage] Les agriculteurs en colère entrent dans la capitale

©Raphaëlle Claisse/BV
©Raphaëlle Claisse/BV

Il n’y aura pas de tracteurs dans Paris, assurait Gérald Darmanin, à la fin du mois de janvier dernier, alors que la colère agricole grondait aux abords de la capitale. Pourtant, un mois plus tard, à la veille de l’inauguration du Salon de l’agriculture, les tracteurs entrent dans Paris. Depuis la porte de Saint-Cloud jusqu’aux Invalides, le lent cortège s’avance dans une atmosphère joviale. Les Klaxon™ résonnent de musiques populaires, les passants filment, sourient, applaudissent pour les plus convaincus. Le mois dernier, les agriculteurs avaient été bloqués par les blindés aux portes de Paris, notamment à Rungis. Cette fois-ci, l’opération escargot monte jusqu’aux pieds de la tour Eiffel. Les CRS sont en tête de cortège.

Dans la cabine de son tracteur, un agriculteur venu de Haute-Saône explique à BV : « Les gendarmes nous ont expliqué : contre ceux qui les caillassent, ils ne peuvent rien faire. Alors que pour nous, par exemple à Rungis, ils doivent nous mettre en prison [pénétrant dans le marché de Rungis, des agriculteurs ont passé la nuit en garde à vue] ! Pourtant, ils voient bien que nous ne sommes pas là pour faire les cons ! On ne les a pas bourrés ! Alors qu’avec ma lame et mon tracteur, je pourrais les pousser sur le bas-côté avec leurs camionnettes ! » Il poursuit : « Nous, on connaît ce que ça coûte, tout ça, on ne peut pas se permettre de casser ! Mais bon, il y a aussi des cons, chez nous… Comme partout. »

Les revendications persistent

Les annonces faites par le Premier ministre Gabriel Attal, que beaucoup qualifient de « mesurettes », pour apaiser les tensions ne semblent pas avoir convaincu les paysans français. Au Salon de l’agriculture, Emmanuel Macron promet un grand débat. Mais les agriculteurs ne se satisfont plus de mots. « On nous a proposé des solutions à l’été. Mais on ne sait pas si on va tenir jusque-là. Nous, on veut des solutions concrètes, maintenant. » Les revendications taguées sur les tracteurs ne laissent pas de place au doute : les agriculteurs aiment leur métier et veulent pouvoir en vivre sans être asphyxiés de taxes et de concurrence déloyale de pays où ne sont pas imposées les mêmes normes. « Stop importations hors-normes », « la mort est dans le pré », « agriculteur, petit j’en rêvais, aujourd’hui j’en crève », « Macron tu sèmes la tempête, attention à la récolte ». Selon le vécu de cet agriculteur, ce qui les tue, ce sont les normes qu’on leur impose. Ces mêmes normes qui ne sont pas respectées dans les pays de provenance des produits qu’on importe : « Une mauvaise ferme ici peut être une très bonne ferme à l’étranger, les normes ne sont pas les mêmes. On importe d’Amérique des poulets piqués aux hormones ; ici, c’est interdit ; du lait de Nouvelle-Zélande qu’ils mettent en poudre et qu’on remet en liquide ici… » Il s’insurge : « Qu’on s’occupe des nôtres avant de s’occuper des autres ! On envoie 3 milliards en Ukraine alors que nous, on crève ! »

Le goût amer du Salon de l’agriculture 2024

Cependant, les espoirs fondés sur cette nouvelle mobilisation ne sont pas immenses. « Vous savez, moi, je suis venu avec Coordination rurale, mais je pense que rien ne va changer, pas avec le gouvernement qu’on a. Tout a débuté quand on a commencé à nous donner des primes au lieu de rémunérer notre travail. Et c’est encore ce qu’on nous propose. Ils ne comprennent rien et nous prennent pour des idiots ! » Cette 60e édition du Salon de l’agriculture prend des airs de revendications, de colère et même d’épuisement… voire de « dernière chance » pour certains qui songent à « cesser leurs activités », tant les normes et le manque de soutien les tuent.

Malgré tout, la lente marche des tracteurs s’achève aux Invalides, dans une ambiance de franche camaraderie, les grillades sont sur le feu, on rit, on discute. Là, sur la place cernée de CRS, une agricultrice confie à BV : « Ce n’est pas un combat égoïste, on se bat pour tous les Français parce qu’on aime la France. On voudrait que tout les Français puissent bien manger, manger nos produits, sans que ça dépasse leur budget. C’est pour la France qu’on se bat ! »

Raphaelle Claisse
Raphaelle Claisse
Journaliste stagiaire à BV. Etudiante école de journalisme.

Vos commentaires

34 commentaires

  1. il me tarde de voir Jupiter arriver au salon, ça ne va pas être triste , il va avoir une ovation monstrueuse , il n’a pas intérêt à faire son fanfaron , je pense que les paysans ne peuvent plus l’encadrer !!

  2. Comment se fait-il que les gros industriels de la mauvaise bouffe soient présents sur ce salon …?
    Il y a d’autres salons professionnels pour ça.
    Ce Salon de l’Agriculture devrait être réservé aux petits, spécialistes de tel ou tel élevage, de telle ou telle céréale, de tel cépage ou d’un autre… et surtout, réserver une très grande place aux enfants, et leur donner l’occasion de goûter à de vrais produits et les cuisiner devant eux… ça les changerait des pubs télé et des poissons carrés !
    Comme dans les premières années…

  3. Du macron tout cru. Provocateur, méprisant , indigne. Les agriculteurs vont nous tracer le chemin de la révolte car ils ont les tracteurs . Quand est-ce que tous ceux qui souffrent dans leur travail vont monter sur les tracteurs? Bientôt.

  4. Allez y, ne vous laissez plus enfumé, comme les années passées. Cette fois ça est vivre ou mourir! Vous n*avez plus le choix, les les politiques oseront toujours vous mettre le baton dans les roues, terminé on ne se laisse plus guider par le nez!

    • Comme le dernier numéro de Paris Match ….Darmanin qui nous le fait à l’émotion en 1ere de couverture. Oser afficher l’image d’un garçonnet pour nous faire croire que le ministre de l’intérieur est à peu près normal

  5. Cet évident, ce sont bien les fondements de notre société, de nos institutions qui sont sclérosées, cette caste politique et ses grands commis de l’état sont les fossoyeurs de notre pays. Mis à part cette réalité il faudrait se poser la question, pourquoi la première fois les blindés de la gendarmerie ont empêché les tracteurs de pénétrer dans Paris et, pourquoi cette fois ci les politicards ont laissé une centaine de tracteurs arriver en face de la tour Eiffel ? Quel est le calcul, parce qu’il y a toujours,

  6. Le problème c’est que ce tout petit président et ses ministres corrompus ce battent aussi, mais contre la France et pour une Europe de racailles en col blanc.

  7. « Ils ne comprennent rien et nous prennent pour des idiots ! » –> FAUX, ils savent pertinemment ce qu’ils font ! Les gouvernements ne sont plus que des intermédiaires à fortes rémunérations sans rien faire ! Il et elles, n’appliquent plus que des directes de l’ue ! Donc, faites ce qu’il faut aux européenne à 1 seul tour : Pas d’abstentionnismes contreproductif !

  8. Tout le projet Européen voulu par la caste dirigeante dont Emmanuel Macron n’est que le représentant, est en train de voler en éclat. Le mal être revendiqué par les gilets jaune qui avait été étouffé et noyauté, revient en force avec les agriculteurs qui seuls peuvent mettre en difficulté l’alimentation des Français. Soutenons les agriculteurs, eux seuls ont le pouvoir de mettre en échec la politique délétère des mondialistes.

  9. Nos agriculteurs sèment pour une récolte qui nous nourrit, macron sème le vent du mépris , qu’il récolte force 12.

  10. Le fait que cette « petite incursion paysanne » se finisse aux Invalides ! … Car ce sont bien des « invalides » qui gouvernent la France depuis trop longtemps ! …

    Les agriculteurs sont entrés dans Paris pas assez vite ! … Les paysans sont entrés dans Paris pas assez fort ! … ET j’espère qu’ils vont y rester très longtemps pour faire peur au « Président-des-cercueils » pour qu’il se barre … Que ses « comme-nus-niquants » devraient surtout lui conseiller de ne pas partir du côté de Varennes ! …  » Ca » n’a pas réussi à l’un de ses prédécesseurs ! …

    A ce 60ème Salon de l’Agriculture, les paysans doivent se mettre de côté un maximum de victuailles pour qu’ils puissent « tenir le siège de Paris » en s’installant sur le périphérique « en même temps » que le « Salon de LA DERNIERE CHANCE » pour cette France paysanne ! …

  11. « Ce n’est pas un combat égoïste, on se bat pour tous les Français parce qu’on aime la France. On voudrait que tout les Français puissent bien manger, manger nos produits, sans que ça dépasse leur budget. C’est pour la France qu’on se bat ! » ça c’est vrai pour les vrais agriculteurs pas les hommes d’affaires qui ont d’immenses exploitations et jouent à la bourse . Et nous en tant que citoyens nous soutenons nos agriculteurs eh oui nous voulons bien manger et surtout des produits de chez nous . Manger local , c’est aussi bon pour la planète ça évite beaucoup de gros camoins qui viennent déverser leurs produits piqués , arroser de pesticides , peut on le faire savoir aux écolos qui semblent ignorer la pollution que génère ces transports .

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