[REPORTAGE] Céline Dion : plongée au cœur d’un concert pas comme les autres

Entre tubes, émotion et nostalgie, Céline Dion a offert au public français le moment de communion qu’il attendait.
©Jean Kast
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Rarement un concert aura autant fait parler. Après des années d’absence, Céline Dion a enfin retrouvé le chemin de la scène. Et pas n’importe où : à Paris, pour une résidence exceptionnelle de 26 concerts à la Plenitude Arena. L’annonce faite en mars, en haut de la tour Eiffel, avait immédiatement provoqué une déferlante sans précédent. Pour avoir une chance d’assister à ces retrouvailles inespérées, près de 9 millions de personnes s’étaient inscrites à la loterie dédiée. Quelques privilégiés, seulement, ont finalement décroché le précieux sésame. Autant dire que, dans ces conditions, nous nous devions d’y être.

Quelques mois après l’obtention du billet, le grand jour est enfin arrivé. Nous sommes samedi 19 septembre, il est 18h30. Le concert ne commencera pas avant deux heures encore, mais les fans convergent déjà par milliers vers la salle aux lignes futuristes installée dans l’Ouest parisien. Tout se déroule pour le mieux : ni cri, ni mouvement de foule, ni agressivité. Ce petit monde poli et bien élevé passe les portiques de sécurité sans encombre, les billets sont rapidement scannés. L’entrée dans la salle est fluide, malgré les 35.000 participants. Chacun découvre alors la fameuse « arena » : une immense et élégante salle noire, avec des gradins sur deux niveaux se déployant en arc de cercle autour de la scène. Cette dernière attire déjà tous les regards. Une structure aussi intrigante que monumentale y est installée. On devine qu’elle s’ouvrira au moment de l’entrée en scène de la star…

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Le public s’est renseigné et sait qu’il n’y a aucun autre artiste en première partie. Peu importe. Il a payé - cher - pour voir Céline Dion et n’a d’yeux que pour elle.

Un show émouvant et fédérateur

20h50. La musique d’ambiance s’arrête, les lumières s’éteignent. Alors que le public chauffé à blanc applaudit déjà à tout rompre, des accords de violon se font entendre. La structure centrale se scinde en deux et Céline Dion fait son apparition au milieu. Elle est vêtue d’une audacieuse robe noire Dior qui lui donne une silhouette de ballerine et d’un spectaculaire collier Boucheron, création de haute joaillerie qui aurait nécessité plus de 1.000 heures de travail. Sous l’ovation d’un public debout, la Québécoise s’avance et entonne les paroles d’On ne change pas, l’un de ses nombreux succès taillés sur mesure par Jean-Jacques Goldman. Sous le coup de l’émotion, elle s’emmêle les pinceaux dans les paroles du premier couplet mais se rattrape immédiatement, sans afficher le moindre signe d’agacement ou de panique. C’est aussi à cela que l’on reconnaît une grande professionnelle.

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Les tubes s’enchaînent alors : Destin, Les derniers seront les premiers, The Power of Love, Encore un soir, Ziggy, I’m Alive, J’irai où tu iras… À intervalle régulier, celle que chacun ici appelle « Céline » s’adresse au public, d’abord en français mais aussi, parfois, en anglais, puisque de nombreux fans étrangers ont fait le déplacement jusqu’à Paris. Elle dit son bonheur d’être sur scène, son amour pour le public et sa fierté d’être parvenue à « apprivoiser » la méchante maladie neurologique qui l’a tenue éloignée du public pendant plusieurs années. C’est plein de bons sentiments, sirupeux à souhait - sirop d’érable pur sucre - mais, comme toujours avec Céline Dion, sa sincérité désarme même les plus cyniques.

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Certes, Céline n’a plus la voix qu’elle avait à 25 ans. Ni même à 45. La justesse est parfois hésitante et les envolées vocales moins puissantes. Certains passages des titres les plus acrobatiques - All by Myself, My Heart Will Go On, It’s All Coming Back to Me Now… - auraient-ils été préenregistrés et parfaitement mimés en play-back sur scène ? Nous laisserons les fans trancher cette épineuse question. Reste que l’interprète de 58 ans ne s’est nullement économisée et n’a fait l’impasse sur aucun de ses titres les plus exigeants. Un effort largement salué par le public qui a repris à pleins poumons la plupart des chansons, mais tout particulièrement Pour que tu m’aimes encore, l’hymne d’une génération, choisi pour clore le spectacle sur un intense moment de communion.

Une bulle de nostalgie

Parlons de ce public qui s’entête à aimer une chanteuse pourtant honnie par la presse spécialisée depuis ses débuts. Toutes les tranches d’âge étaient représentées à la Plenitude Arena, mais la moyenne tirait nettement vers le haut. Des trentenaires, bien sûr, mais surtout des quadragénaires, voire des quinquas et même au-delà. Des gens qui ont écouté Céline Dion pendant leur adolescence ou leur jeunesse.

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Impossible de ne pas noter, aussi, la très forte uniformité sociologique de ce public. Pour le dire en des termes affreusement actuels, la « Nouvelle France » vantée par l'extrême gauche n’était pas de la partie. Une absence de diversité qui aurait sans doute « un peu ébloui » les yeux de Rokhaya Diallo, mais qui n’a pas semblé gêner les fans de Céline Dion…

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Après la fin du concert, alors que le public cheminait doucement vers les stations de métro, de jeunes énergumènes aux mines déplaisantes ont surgi çà et là, depuis les contre-allées du quartier de La Défense. Certains écoutaient du rap sur leurs enceintes, d’autres toisaient avec perplexité la foule aux tempes grisonnantes qui défilait sous leur nez. Deux mondes face à face. Céline Dion avait regagné de son côté la suite luxueuse du Royal Monceau et nous étions revenus dans la France ensauvagée des années 2020. Toutes les bonnes choses ont hélas une fin.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

13 commentaires

  1. Agacé le battage médiatique autour de cette artiste je suis allé écouter quelques uns de ses succès…
    Je dois avouer être heureusement surpris par ses performances musicales vocales.

  2. Quel courage de remonter sur scène après une maladie invalidante pour sa voix : c’est là que le mot « artiste » prend tout son sens.
    Et ne pas oublier Goldman à qui elle doit un grand nombre de ses succès

  3. Avec le Léon ou Céline, le peuple a besoin de communion. Est-ce une simple manifestation de l’instinct grégaire ?

  4. Quand on compare la souplesse des vocalises d’hier de Céline Dion avec celles d’aujourd’hui, plus empruntées, car soutenues davantage par la technique que par la capacité réelle à les produire aisément, on se dit quand même : quel courage ! Baisser ne serait-ce que d’un ton, voire parfois d’un ton et demi, la tonalité d’une chanson relève d’un exploit. Seule l’humilité sincère peut aboutir à ce type de spectacle revu et corrigé. Pour le don de soi malgré les vicissitudes de la vie, merci Céline.

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