Réponse à Nicolas Gauthier

Monsieur Gauthier vient de publier un papier contre l’islamophobie, en évitant soigneusement d’utiliser le terme, et c’est ce qui le rend très intéressant. Le mot « haine », qu’il n’hésite pas à employer, eût pourtant amplement justifié l’emploi « d’islamophobie », car dans l’esprit de ce concept musulman-iranien, les deux vont de pair. Le titre de l’article me suffit pratiquement pour ouvrir une modeste discussion. « Islam : la nécéssaire minute de haine quotidienne ? » suivi de « Pour les inconsolables de la chute du communisme, le musulman fait office aujourd’hui d’épouvantail de remplacement ».

Je me demande, de mon côté, si les plus inconsolables de la chute du communisme ne restent tout de même pas les communistes eux-même… La haine quotidienne de l’islam, cela porte un nom, c’est l’islamophobie, du moins c’est ainsi que les tenants du concept le vendent : avoir peur de l’islam est injustifié donc illégitime, voire haineux. Que cette islamophobie, de même que le sentiment de danger qui la nourrit, soient imaginaires ou non, c’est un autre débat, ou un débat dans le débat, sachant tout de même que le concept vise insidieusement à étouffer toute velléité de liberté critique à l’égard de la religion de paix et d’amour.

Monsieur Gauthier croit sur parole la religion de paix et d’amour, c’est son droit le plus strict. J’ai tendance à ne pas la croire sur parole, à croire sur parole ou de visu, plutôt, les témoins appartenant aux minorités vivant en terre d’islam (dâr al islâm). C’est également mon droit le plus strict, sans que monsieur Gauthier ne nous brandisse l’anathème d’inconsolable nostalgique de ceci ou de cela à travers la gouverne. Ce que monsieur Gauthier omet simplement est que, pour l’heure, il n’est ni en terre d’islam (encore que certains quartiers de son pays le soient déjà : je lui suggère d’aller y prospecter) ni minoritaire en terre d’islam, ce qui fait de son raisonnement une sorte de pari.

Il parie sur l’absence de danger, exactement comme l’essentiel de nos politiques : pas même par conviction, seulement parce que cela simplifie et facilite leur carrière – je parle de celle des politiques. Car personne ne peut savoir ce que serait une France majoritairement musulmane, personne ne peut le savoir avant d’y être.

Il est donc naturel que mon regard et mon attention se portent sur les régions du monde où l’islam est déjà majoritaire plutôt que sur monsieur Gauthier. Ma seule préoccupation consiste à éviter, de préférence, que la terre sur laquelle nous vivons ne devienne « terre d’islam », au sens « déjà existant ailleurs » du terme. Je m’y réfère donc, de préférence à monsieur Gauthier, dans l’espoir d’éviter, pour paraphraser un célèbre général, que Colombey-les-Deux-Églises (terre de guerre, dâr al harb) ne devienne Colombey-les-Deux-Mosquées (terre d’islam, dâr al islâm). À moins que de Gaulle ne fût lui aussi qu’un anticommuniste primaire doublé d’un islamophobe : après tout, n’a-t-il pas bâti sa légende sur une solide « germanophobie », que dis-je, une haine féroce de l’Allemagne des années 40 ?

Nous aimerions donc pouvoir continuer à bénéficier de la liberté de douter ou de craindre avec le général de Gaulle. Ce qui pose question dans le papier, c’est l’emploi du mot « musulman » à la place « d’islam » pour désigner « l’épouvantail de remplacement » des nostalgiques du communisme. Quelque chose comme : « Tu as peur du communisme, donc les centaines de millions de Russes sont pour toi de potentiels salauds. » « Pour ne plus être xénophobe ou raciste, tu devras ne plus craindre le communisme » ou, mieux, tu devrais l’aimer, le laisser croître tranquillement chez toi : l’essence même du concept d’islamophobie. Nous aimerions simplement que notre avenir ne se décide pas sur un coup de poker menteur politique.

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