Editoriaux - Politique - Table - 18 novembre 2015

La repentance, ça devrait être maintenant

L’abjection s’ajoute à l’horreur, et c’est bien ce qui désespère. L’enfer est comme l’éternité : c’est un cercle, une boucle dont on ne sort pas. Or, que voit-on ? Qu’entend-on ? Ce sont exactement les mêmes personnages politiques qui commentent les résultats épouvantables des erreurs gravissimes qu’ils ont commises depuis des lustres.

On sait que la mort, en politique, n’existe pas. Les carriéristes, dans cette mare putride, sont insubmersibles. Ils passent, repassent, mais ne trépassent pas. Seule la vieillesse – et encore ! – en vient à bout. Malheureusement, dans la vie réelle, les morts sont bien morts, leurs blessures, leur sang, leur souffrance sont bien faits de chair et de pleurs. Rien à voir avec une défaite électorale et la perte d’une rente, d’un strapontin, vite remplacés. Là, ce sont des familles qui sont en deuil, c’est un pays meurtri, c’est une nation qui perd confiance.

On ne joue pas avec la vie de millions de gens. Que demande-t-on aux responsables de l’État ? Qu’est-ce qu’un État, sinon une prise de distance avec l’espace et le temps, une élémentaire prudence, une anticipation, une réflexion sur les conséquences des actes, des prises de position, des implications ? Que font nos ministres des Affaires étrangères, depuis une dizaine d’années, sinon produire une rhétorique hystérique, vomir une mauvaise propagande digne d’un militant de base, assener des leçons de morale hypocrites et dénoncer des ennemis imaginaires, pour complaire aux puissants du jour, aux États-Unis d’Amérique ?

Maintenant, sans sourciller, avec un aplomb surréaliste, les mêmes qui répandaient leur haine et leur bile en souhaitant la mort des présidents Poutine et Bachar el-Assad, après avoir occis ignominieusement, de la façon la plus vile, la plus laide, un Kadhafi, qui savait contenir le flot des migrants, changent d’avis et procèdent à un virage à 180°.

Aucune excuse au peuple, aucune résipiscence, aucun remords ! On persévère dans le déni comme s’il n’y avait rien eu. On a fait une bêtise que tout enfant aurait évitée, et on continue à gouverner, à conduire la destinée de dizaines de millions de Français…

La moindre des choses, si l’honneur avait gîté au sommet du pouvoir, aurait été de démissionner. Nous aurions compris que des auteurs de fautes désastreuses demandent pardon, après avoir provoqué le succès des terroristes et les avoir laissés prospérer en Irak et en Syrie, pour des raisons cyniques. Mais est-il encore possible d’attendre de la grandeur de la part de ces nains médiatiques ?

À lire aussi

La civilisation française ne se réduit pas à la puissance

La civilisation européenne, dont nous sommes, a toujours considéré que l'essentiel de la v…