Rends-moi ma France ! Rends-moi ma France !

La vision de François Hollande, recueilli, tête penchée et front plissé, à l’occasion des cérémonies de commémoration du 11 novembre me rappelle cette vieille plaisanterie qui circule entre chiens et loups dans les internats et les maisons de famille quand les enfants cherchent à se faire peur : “Rends-moi ma jambe ! Rends-moi ma jambe !” chuchote la vieille femme d’outre-tombe à ses héritiers qui bradent sa prothèse.

Il m’a semblé que c’étaient le soldat inconnu, l’ossuaire de Douaumont et tous les cimetières militaires qui bruissaient d’une même voix : “Rends-moi ma France ! Rends-moi ma France !” C’était l’hommage de la carpe au lapin, du vice à la vertu, du cambrioleur qui boit aimablement à la santé du propriétaire dont il a crocheté la cave et brade les bouteilles : la famille, l’armée, l’agriculture, l’industrie, la culture, l’éducation, la santé, la religion, rien que de valeurs sûres, des siècles d’âge, allez hop, toi, tiens, prends-ça, tout doit disparaître. C’est la FOB. La France-Open-Bar. Et dire qu’ils sont morts pour elle.

Cependant, bien sûr, il n’aurait pas été là que nous aurions été bien plus en pétard. Et de nos jours, il faut ne jurer de rien. L’impensable, c’est maintenant… En un an, deux peut-être, toutes ces cérémonies peuvent être, non complètement supprimées, naturellement, mais noyées et rendues méconnaissables dans un dobitchu mémoriel où une chatte ne retrouverait pas ses petits et un pays ses morts au champ d’honneur, où les soldats tombés pour la France feraient figure de gentils garçons, mais moins visionnaires et plus moutons de Panurge que les “fusillés pour l’exemple” qui avaient compris avant tout le monde l’inanité de cette guerre.

Mais qu’est-ce qui peut bien traverser la tête d’un président comme François Hollande un jour de commémoration du 11 novembre ?

Que sur ces monuments aux morts, qui lui font face, on ne respecte guère la parité ? Du soldat inconnu, on ne sait rien, sauf qu’il n’est pas une femme. Preuve que les hommes, quoi qu’on en dise, n’ont pas toujours eu, en France, la meilleure part. Il faudra qu’il ose quand même le glisser aux Femen la prochaine fois qu’il les assurera, en rougissant, de son inconditionnelle empathie.

Qu’un de ses prédécesseurs, Paul Doumer, a perdu quatre fils dans cette guerre ? Et qu’étonnamment, celui-ci, n’a jamais eu à faire face, en dépit des désaccords politiques, à aucun Doumer bashing.

Ou qu’il a froid aux pieds ?

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