Petit rappel des faits.

Le 24 juin 2014, un déjeuner « informel » réunit, dans un restaurant proche de l’Élysée, trois honorables convives qui n’ont sûrement aucune difficulté à trouver des sujets de conversation. François Fillon, ancien Premier ministre qui a souffert cinq ans sous Sarkozy, a déclaré la guerre à son ancien patron. , qui fut le meilleur ami de François Hollande avant d’entrer dans le gouvernement de Fillon comme secrétaire d’État aux Affaires européennes, a renoué avec l’actuel président de la République et occupe aujourd’hui le poste-clé de secrétaire général de la présidence. Le troisième homme, Antoine Gosset-Grainville, a été directeur adjoint de François Fillon à Matignon puis collaborateur de Jouyet pendant le bref passage de celui-ci à la direction de la prestigieuse Caisse des dépôts et consignations. Comme dit Garance (Arletty) dans Les Enfants du paradis : “Paris est tout petit pour des gens qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour…”

Le 20 septembre 2014, lors d’un entretien avec Gérard Davet et Fabrice Lhomme, deux rédacteurs du Monde aux petits soins pour le pouvoir socialiste qui le leur rend bien, Jean-Pierre Jouyet évoque le déjeuner de juin. À en croire Jouyet, François Fillon l’aurait prié d’intervenir auprès des magistrats qui suivent les dossiers financiers où est impliqué Nicolas Sarkozy pour qu’ils accélèrent leur instruction et « cassent les pattes » de l’ancien chef de l’État. Bien entendu, les deux journalistes se hâtent de publier la teneur de ces confidences naturellement off.

Mai 2015 : François Fillon, qui a porté plainte pour diffamation contre Davet, Lhomme et Jouyet, témoigne devant la 17e chambre correctionnelle où il rappelle que jamais il n’a été compromis dans aucune affaire, défie qui que ce soit de faire état de quelque intervention que ce soit auprès de la justice tout au long de sa carrière, et clame son innocence et son indignation.

Qui croire ? Les deux journalistes qui confirment avoir entendu les propos qu’ils ont rapportés ? François Fillon, qui assure ne les avoir jamais tenus ? Il y a bien un témoin qui pourrait départager les deux parties, mais Antoine Gosset-Grainville, qui souffre probablement de troubles de mémoire, ne se souvient pas que François Fillon, son ami, ait abordé le sujet qui est l’objet du procès, mais a d’autre part « trop d’estime » pour Jean-Pierre Jouyet pour croire celui-ci capable de mensonge. C’est donc parole contre parole. Certes, la démarche prêtée à François Fillon, qui ne fait plus mystère de son aversion pour Sarkozy, est de l’ordre du possible. D’un autre côté, il n’est pas totalement invraisemblable que M. Jouyet prenne quelques libertés avec la vérité, pour les besoins de sa cause. Je me demande bien pourquoi me sont revenus à l’esprit, au moment où j’écrivais cet article, les vers de don César de Bazan dans Ruy Blas : “Hum ! visage de traître !/Quand la bouche dit oui le regard dit peut-être…”

À moins, évidemment, que le secrétaire général de l’Élysée soit allé jusqu’à enregistrer les conversations échangées entre les trois « amis » le 24 juin, nous ne sommes pas près d’avoir le fin mot de cette petite mais déplaisante énigme. Quoi qu’il en soit, de deux choses l’une : soit M. Jouyet a divulgué, dans l’intention de nuire à un adversaire politique de son patron actuel, des propos réellement tenus lors d’une rencontre privée, et son comportement est au minimum d’une rare inélégance, soit ces propos n’ont jamais existé et M. Jouyet est un méprisable calomniateur.

La 17e chambre a mis son jugement en délibéré à plusieurs semaines d’échéance. On la comprend. Au fait, les débats n’ont pas permis de répondre à une question subsidiaire : le 24 juin 2014, qui a payé l’addition ?

29 mai 2015

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