Les Français ont toujours entretenu des rapports un peu nerveux avec l’argent, enfin… euh… avec l’argent des autres.

Le Portugais Carlos Tavares, viré de chez Renault par le Franco-Brésilien Carlos Ghosn, a été rattrapé par le groupe PSA. Le constructeur automobile français, au bord de la faillite avec une perte de huit milliards d’euros entre 2012 et 2014, présente, en 2015, des résultats stupéfiants : bénéfice net après impôts de 1,9 milliard d’euros, ventes en hausse de près de 6 %, marge opérationnelle de 5 % du chiffre d’affaires – du jamais-vu depuis 2002. Le redressement de l’entreprise, commencé avec le prédécesseur, Philippe Varin, se confirme magnifiquement et se traduit par une augmentation spectaculaire de la rémunération variable de Tavares. Aussitôt, l’État se tortille sur son siège d’actionnaire et entraîne, dans son courroux, les bien-pensants de tout poil qui, en général, n’ont jamais, de leur vie, créé ou sauvé un seul emploi. L’impayable monsieur Sapin a jugé cela « dommageable » ! Haro sur Tavares, qui perçoit pourtant le tiers de ce que touche le patron de Ford, la moitié de celui de Mercedes et 60 % de la rémunération de son ancien patron chez Renault. On rêve que l’État soit conduit par des gens compétents comme Tavares, avec le succès qu’il a apporté à PSA. Hélas !

Justement, parlons rémunération du personnel politique. La deuxième affaire qui fait grand bruit, c’est la hausse « scandaleuse » de la rémunération de Xavier Bertrand, nouveau président de la région Nord – j’ai du mal à me faire à « Hauts-de-France ». Il augmente sa rémunération de 4.000 € bruts par mois : « Le premier vrai couac », selon Le Monde, qui s’étrangle d’indignation et, ne pouvant argumenter sur le plan légal, lâche que cette augmentation « pose question sur le plan éthique ». Venant d’un journal qui perçoit de l’État 13,1 millions d’euros d’aides par an, la pique est cocasse. Cette affaire picrocholine met en lumière la rétribution d’un président de région : 5.512 euros bruts par mois. Qui oserait dire que c’est le pactole ? À ce tarif, on frise l’apostolat ! C’est exactement le niveau de rémunération d’un fonctionnaire d’État de catégorie A, de grade d’administrateur général, à l’échelon 4 (sur 6).

Xavier Bertrand, en abandonnant ses sièges de député et de maire, a « perdu » 8.000 €, IRFM incluse. Lui reprocher de compenser un peu cette perte, le plus légalement du monde, est doublement stupide. D’abord, ce « procès » est une incitation au cumul des mandats. Et puis, à ce niveau de responsabilités, les sommes en jeu sont vraiment modestes. Le Brésilien du PSG, Thiago da Silva, gagne 27,5 millions d’euros par an, soit 2,3 millions d’euros par mois, c’est-à-dire 342 fois plus que ce pauvre Xavier Bertrand qui, décidément, joue « petit bras ».

La République n’est pas particulièrement généreuse avec ses serviteurs. Alors, arrêtons de leur chercher des sous dans la tête ! Le bon combat n’est pas « combien il gagne ? » mais « que fait-il pour nous ? » À la fin du mandat, on fait le bilan. Les dirigeants actuels – Sapin inclus – ont tout lieu de s’inquiéter : il n’est pas certain que leurs réalisations soient à la mesure de leurs rémunérations, même faibles.

3 avril 2016

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