Remaniement : la Culture en jachère

Madame Audrey Azoulay a été copieusement huée samedi dernier lors de la soirée des “Victoires de la Musique” qui constituait sa première sortie officielle en tant que troisième membre franco-maroquin du dernier gouvernement Valls. Le mauvais accueil réservé à la nouvelle locataire de la rue de Valois tient évidemment à la rare inélégance avec laquelle Fleur Pellerin venait d’être virée comme une malpropre peut l’être par un goujat. Il se peut aussi que certains esprits mal tournés aient soupçonné celle qui n’était jusqu’alors que la discrète conseillère à la Culture du président de la République de n’avoir pas défendu avec une ardeur extrême la femme dont elle occupe désormais le poste envié. Il est enfin pour le moins assez paradoxal d’avoir confié il y a deux ans ce portefeuille à une spécialiste de l’informatique qui n’avait aucune compétence dans le domaine qui lui était confié et de le lui retirer alors qu’elle commençait à maîtriser ses dossiers.

On sait bien que la Culture, qui fait partie des nombreuses affaires étrangères à François Hollande et passe pour n’être pas un enjeu électoral décisif, est le cadet des soucis du chef de l’État. Mais il est fâcheux, pour ce département comme pour d’autres, réputés à tort ou à raison plus importants, qu’après quatre années d’exercice du pouvoir, M. Hollande n’ait toujours pas compris qu’on ne répare pas une erreur de distribution par une autre et que le service de l’État comme le bien de la collectivité exigent un minimum de cohérence, de compétence, de vision et de continuité.

Or, l’heureuse Mme Azoulay, à qui l’on ne veut pas de mal et qui, nous dit-on, adore le cinéma, n’hérite selon toute vraisemblance que pour quinze mois du prestigieux ministère où sont passées en coup de vent Mmes Aurélie Filippetti et, donc, Fleur Pellerin. Qui croira que ce laps de temps dérisoire à l’échelle de l’Histoire lui permettra, compte tenu, en plus, du fait qu’elle n’a aucun poids politique et que l’époque n’est pas favorable aux grands projets, de concevoir, de mener et de voir aboutir une politique culturelle digne de ce nom. Si deux de ses prédécesseurs ont pu bâtir et laisser une empreinte, c’est, entre autres raisons, parce que le premier, André Malraux, est resté dix ans rue de Valois, et Jack Lang, le second, douze années.

Jack Lang, précisément, déplorait hier matin sur France Inter la rotation accélérée des responsables de la Culture. Remarque on ne peut plus pertinente que l’ancien protégé de François Mitterrand assortissait de réflexions étonnamment impertinentes qui ne sont pas dans ses habitudes, sur l’« immoralité » d’une Cosse qui vote le mercredi contre un gouvernement où elle entre le jeudi et dont elle dénonce la politique le vendredi. L’actuel président de l’Institut du monde arabe regrettait également que François Hollande ait manqué de délicatesse et d’« humanité » dans le traitement du cas de Fleur Pellerin. On apprenait parallèlement que Laure Adler, pressentie pour le ministère, et surtout Anne Sinclair, sourde aux adjurations de Manuel Valls, avaient refusé l’éphémère honneur qui leur était offert. Tout cela, n’est-ce pas, sent la fin de règne.

À lire aussi

Dominique Jamet : “Les Français apprécient chez François Mitterrand la bonne tenue, contrairement à Macron”

Imprimer ou envoyer par courriel cet articleUn récent sondage place François Mitterrand me…