Culture - Editoriaux - Internet - Religion - Société - 22 mars 2017

Religion et laïcité s’imposent dans la campagne… Mais de quoi parle-t-on ?

Ce mercredi étaient publiés les résultats d’une enquête sur la place qu’occupent les questions de la religion et de la laïcité dans l’actuelle campagne présidentielle.

Réalisée auprès de 1.000 personnes inscrites sur les listes électorales et interrogées via Internet, cette étude ferait apparaître un « agacement » des Français sur le sujet.

En effet, seuls 14 % des sondés estiment que ces sujets doivent occuper une « place prioritaire » dans la campagne électorale, tandis que la grande majorité des sondés (77 %) pensent qu’on en parle trop. Enfin, 72 % des personnes interrogées estiment que l’appartenance religieuse relève de la stricte intimité et que les élus ne devraient pas évoquer leurs croyances religieuses.

Avis qui paraît relever du bon sens, sachant qu’en outre 90 % placent la laïcité comme « valeur essentielle » de la République française, l’estimant menacée à 74 %, dont 92 % des électeurs de Marine Le Pen. Lesquels sont donc les plus inquiets à ce propos.

Mais une fois qu’on a « posé » cela, qu’a-t-on dit ? Car on ne sait pas vraiment, en vérité, ce que recouvrent aujourd’hui ces mots de “religion” et de “laïcité” pour les Français et, partant, pour les électeurs. Dans ce qui est exprimé à travers ce sondage, qu’est-ce qui se rapporte réellement au “religieux”, sachant, comme dit ci-dessus, que la question de la croyance et de la pratique qui s’y rattache relèvent toujours, pour la plupart d’entre nous, de la stricte intimité ? Et quelle définition en donnent les candidats eux-mêmes ?

Interrogé sur ces questions, Stéphane Zumsteeg, directeur chez Ipsos, répondait ce matin sur France Info. La définition de la laïcité est, ainsi, différente selon les électeurs, dit-il :

Quand on regarde ce que nous répondent les électeurs de la gauche radicale, les mélenchonistes, on voit que c’est une laïcité de combat : la laïcité est la séparation entre l’État et les religions. Pour l’extrême droite, la laïcité est la défense des valeurs traditionnelles, de l’identité de la France.

Sur le plan strictement religieux, « l’électorat lepéniste n’est pas plus croyant que l’électorat de gauche » ; en revanche, « l’électorat catholique » est surreprésenté chez les fidèles de François Fillon. À noter qu’on ne nous dit rien de l’électorat juif, s’il existe, ni de l’électorat musulman, pour autant qu’on l’ait identifié. Plus important, Stéphane Zumsteeg relève que

Les deux tiers des Français considèrent qu’il n’y a pas de compatibilité entre l’islam de France et les valeurs de la République. Cette crispation trouve une traduction concrète quand on leur demande quelle doit être la place des signes religieux dans la société. Une majorité des Français est opposée au port du voile à l’université, au burkini et aux financements publics des mosquées.

On en conclura donc que la conception de Marine Le Pen, qui fait de la stricte laïcité (sans signes ostensibles) un maillon essentiel de l’identité française, est majoritaire dans l’opinion.

Pour autant, culture religieuse et laïcité sont indissociables. Il semble que ce soit pour nous, vieux Occidentaux, le pivot fondamental de notre société et, au-delà, de notre civilisation. Dans notre monde où le brassage des communautés est devenu la norme, la seule possibilité de cohabiter et de coexister est l’enseignement des religions comme culture, la part de la foi et de la spiritualité restant individuelles.

Disons-le : hors culture religieuse, on est sourd et aveugle ! Sans une approche du monde arabe régi par le Coran, impossible de comprendre l’art islamique. Sans connaissance de la Bible et du martyrologe chrétien, pas d’approche de la peinture classique. Comment comprendre la cathédrale de Chartres, le plafond de la chapelle Sixtine ou la Grande Mosquée des Omeyyades sans les bases de la culture qui les a fondées ?

Le danger, c’est l’ignorance, car c’est elle qui conduit au fondamentalisme comme au relativisme, ces deux visages de la même peste.

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