Les joues presque sèches suite à la Charliemania, il s’agirait de savoir si cet éveil solidaire sera plutôt épi- ou phénomène. Plus que les réformes sécuritaires de M. Valls, un bon thermomètre de l’impact historique de l’événement est la rénovation qu’il portera au langage.

Un mot est un bâtiment édifié au cours de l’histoire. Nous l’approchons, le visitons, et puis un jour nous l’habitons, adossé à d’autres immeubles qui forment la cité de notre langage. Au cours du temps, chaque inférence ajoutée au sens des mots en est un étage, puis nous affinons leur façade. Des facteurs nouveaux peuvent aussi modifier l’aspect de constructions pourtant bien établies.

L’ensemble architectural modelé dans notre esprit est assimilable à la ville dans laquelle nous vivons. Son histoire est le commun de ses habitants. Son périmètre est limité mais son élévation permet de prendre de la hauteur. Aussi, malgré le nombre fini de rues, il existe un nombre infini de trajets à écrire, de phrases à parcourir. Enfin, si la carte de notre ville est faussée, si les éléments de notre langage sont abîmés, nous sommes perdus.
Partager une culture, c’est vivre dans la même ville, pouvoir s’y rencontrer. La cité est posée comme un dictionnaire ; à chacun le sien. Une impasse pleine de souvenirs peut être la plus émouvante des phrases ou la plus banale. Malgré tout, il persiste une résonance commune : on pourra apprécier les mêmes places sans être voisin.

L’école est un moyen, pour une civilisation, d’infiltrer les esprits de la cité dessinée par l’élite. Le jeune adulte doit, au terme de sa scolarité, s’être approprié un foncier culturel, un plan qui lui permettra de s’orienter. Mais, l’essentiel est la verticalité appliquée à ce panorama. Combien d’étages compte chacun de ses concepts ? De quelle matière poreuse sont bâtis ces étages ? Mon étage-individualité est-il plus argileux que l’étage-autrui dans l’immeuble de ma liberté ?

Connaître l’existence d’un mot auquel on ne peut donner un sens, c’est détenir un terrain vague. Si ce mot est au centre de discussions récurrentes, il appellera à une verticalité. S’il n’est pas bâti, il sera squatté par les bribes de conversation des cours de récréation 2.0. On a laissé certains mots à la merci de promoteurs de la haine. Pour reprendre la main sur leur charpente, nous devrons investir dans leur valeur. À la craie, les idées de patrie, de liberté ou des mots aussi simples que police ou juifs devraient prendre toute la hauteur des tableaux noirs, avant qu’ils ne soient plus que des murs de lamentations.

Le quartier lexical islamique nécessite aussi un réaménagement. Dans les mois qui viennent, des architectes improvisés raccrocheront systématiquement le mot aux Français musulmans tout en creusant les tunnels qui le relient aux tours jumelles fanatisme et fondamentalisme. Pour dialoguer de l’islam, il faudra dresser une œuvre bétonnée dans ce lieu de notre esprit pour accoucher d’une tour française, sans ambiguïté.

On pouvait s’attendre à ce que s’insurge contre les n’ayant pas respecté la minute de silence. Qui aurait laissé passer cette posture ? Mais la toge doit laisser place au courage. Certains espaces linguistiques sont en friche, par sanctuarisation. Elle doit faire du programme scolaire un manuel à s’exprimer en 2025. Quelques heures de classe empêcheront que s’établissent, dans notre paysage encore haussmannien, des tours de Babel. Structurer l’expression pour ériger sa liberté.

24 janvier 2015

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