Il est facile de brocarder le journalisme, ce dont ne se privent d’ailleurs pas, sur Boulevard Voltaire, certains de nos honorables correspondants, à tort ou à raison, à l’intérieur ou au-delà des limites de la bonne foi et de la bonne éducation. Pas si facile d’exercer l’étrange métier de commentateur, d’analyste, voire d’historien de l’immédiat. Le nez sur l’actualité, il nous arrive, comme à n’importe qui, faute d’informations sûres, de temps, de recul, de ne pas voir ce qui crève pourtant les yeux, ou d’être les victimes d’un effet de trompe l’œil. Quelques heures de délai sont parfois nécessaires avant que l’événement décante et qu’apparaissent en pleine clarté des éléments qui, dans un premier temps, nous avaient échappé ou que l’on n’avait pas su interpréter.

Revenons donc, à tête reposée, sur certains aspects de ce second tour des régionales qui, dans un premier temps, a fait dire à la plupart des observateurs politiques et médiatiques, « soulagés », qu’il constituait un échec cinglant pour le Front national, comme si les résultats du 13 décembre frappaient d’une nullité rétrospective ceux du dimanche précédent.

Commençons par la droite « républicaine ». Elle n’avait en 2010 conservé qu’une seule région, l’Alsace. Elle en contrôlera sept. Comment se fait-il qu’après une première réaction euphorique, elle se garde bien de pavoiser ?

C’est d’abord qu’elle avait dans un premier temps annoncé un grand chelem et qu’elle est loin de compte. Mais c’est surtout que sur ces sept régions nul, à commencer par les vainqueurs d’un soir, ne saurait ignorer qu’elle ne doit d’avoir acquis trois d’entre elles qu’au renfort massif des voix de gauche sans lesquelles elle aurait été battue à plates coutures. Peut-elle au moins se féliciter de la reconquête de l’Ile-de-France ? Mais celle-ci doit beaucoup à la campagne très personnelle, tenace, active, obstinée de Valérie Pécresse, sur le front depuis des années, qui se garde bien d’en attribuer le succès final à son appartenance partisane et qui n’en a pas plus fait hommage au président de son parti qu’elle n’avait souhaité le voir intervenir à ses côtés sur le terrain.

La ligne Sarkozy, « À toute ! », n’aura guère été convaincante que dans la région Auvergne-Rhône-Alpes où elle s’est incarnée dans un jeune leader aux dents longues et au sourire carnassier qui, avant même d’avoir pris possession de son fief, a pris lui aussi ses distances avec Paris et avec son chef de file. Pour autant, la ligne « Tous au centre », prônée par Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin, Nathalie Kosciuszko-Morizet et, de l’extérieur, par François Bayrou, n’a pas convaincu. Deux des trois têtes de liste UDI ont mordu la poussière et le maire de Bordeaux, qui a subi un camouflet retentissant avec l’échec de sa protégée Virginie Calmels, est apparu à la comme le croque-mort de ses propres illusions et le prophète lugubre de l’ heureuse.

Au moins les socialistes ne doivent-ils qu’à eux-mêmes le succès qu’ils ont remporté dans cinq régions alors qu’ils pouvaient craindre le pire. Plaisant succès qui les voit rétrograder de vingt-et-une régions (sur vingt-deux) à cinq sur treize. Curieux succès qu’entache leur effacement total des deux grandes régions qui semblaient ne jamais devoir leur échapper. Succès peu glorieux pour le parti du président de la République, du Premier ministre, du président et de la majorité de l’Assemblée nationale. Mais avant tout, succès qui n’est dû qu’au ralliement circonstanciel, fugace et rechigné des écologistes et du Front de gauche.

Car le plus important des enseignements de ce scrutin, et le plus lourd de conséquences, est là : si la collusion entre et gauche a valu cette fois encore la victoire à cette coalition informelle et honteuse d’elle-même, si les voix du « total gauche » ou les voix du « total droite » dépassent encore celles du Front national, le Parti socialiste et les « Républicains », pris isolément, arrivent en deuxième et troisième rang derrière la formation de Marine Le Pen qui confirme sa position de premier parti de France et, bien sûr, de premier parti d’opposition. Même s’il a échoué en vue du port, le Front national, contrairement à ce qui a été suggéré tout au long de la soirée électorale, a sensiblement progressé d’un tour sur l’autre et, en engrangeant huit cent mille suffrages supplémentaires, a atteint son plus haut niveau historique.

Il en découle que Marine Le Pen, dans l’état actuel de l’opinion, serait assurée d’accéder au second tour de l’élection présidentielle, ce qui n’est le cas ni du candidat des « Républicains », ni du candidat socialiste, qu’ils s’appellent Hollande, Sarkozy ou d’un autre nom, à moins évidemment qu’ils ne parviennent à convaincre leurs partenaires et challengers au sein de leur propre camp de déclarer forfait lors de l’élection-reine de notre système politique. On comprend que du côté des deux supposés grands partis de gouvernement, pour reprendre le mot de M. Cambadélis, ce ne soit pas la joie.

15 décembre 2015

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