Editoriaux - International - Politique - 15 janvier 2017

Régime d’Assad : revenons aux faits

Depuis l’apparition de l’État islamique en Syrie, la cote de Bachar el-Assad auprès d’une partie de la classe politique et des sympathisants de la droite française est en constante augmentation. S’emballer au quart de tour pour des chefs d’État étrangers est une maladie chronique de la droite complexée française. Mais transformer des dictateurs caricaturaux du Moyen-Orient en héros et modèles de résistance dépasse l’entendement et démontre, surtout, une méconnaissance inquiétante de la géopolitique de cette région et du profil des acteurs locaux.

Que le régime syrien soit moins pire que l’État islamique pour les chrétiens d’Orient comme pour l’Occident, nul ne peut le contester. Mais la politique internationale ne peut être traitée de façon binaire. Si Bachar el-Assad est moins nocif qu’Al-Baghdadi, cela ne fait pas de lui un modèle de régime politique au Moyen-Orient, d’autant plus que sa responsabilité dans l’ascension des groupes djihadistes est bien réelle.

Revenons aux faits. Le régime syrien, une dictature, officiellement nationaliste arabe et socialiste (très hostile à la France pour des raisons historiques), est en fait tenu par un clan politico-mafieux issu de la communauté alaouite (secte musulmane issue du chiisme) ultra-minoritaire. S’étant trouvé en difficulté au début de la guerre civile de 2011, que sa nature totalitaire a largement encouragée, le régime syrien a utilisé tous les moyens stratégiques pouvant redorer son image en Occident. L’objectif ultime étant de renforcer les plus extrémistes de ses adversaires afin de paraître comme le seul recours face à la monté de l’islamisme, mais aussi comme le protecteur des minorités, y compris chrétiennes. À plusieurs reprises, celui que certains présentent comme le défenseur des chrétiens de Syrie sacrifia ses derniers en livrant leurs villages aux combattant de l’État islamique afin de mettre en scène, plus tard, leur libération par ses troupes.

Quant aux intérêts de la France dans la région – car c’est bien cela qui importe le plus -, ils ne peuvent en aucun cas se confondre avec ceux des Russes, que l’on soit leurs alliés sur d’autres plans ou pas, nous n’avons pas obligatoirement les mêmes amis. Les liens des Russes avec le régime syrien qui leur donne un accès à la Méditerranée est un héritage de l’Union soviétique, ils le soutiendront jusqu’à ce qu’un autre leur garantisse les mêmes avantages. Les alliés historiques de la France et les plus fiables sont les chrétiens du Liban, et certainement pas ceux de Syrie.

Or, Assad et son régime soutenu par l’Iran (État islamiste et djihadiste lui aussi) n’ont jamais toléré la souveraineté politique des chrétiens libanais et n’ont cessé de la combattre. Ils ne tolèrent les chrétiens que lorsqu’ils leur sont soumis. Cette soumission mettrait définitivement fin à la présence française au Levant. Ce que les Anglo-Saxons ont rêvé en s’appuyant sur leurs alliés historiques sunnites serait finalement réalisé par les Iraniens, les Russes et leurs alliés alaouites.

À moins que la France ait enfin une politique étrangère digne de ce nom et négocie avec les Russes son soutien à condition que leurs alliés n’interfèrent pas dans sa sphère d’influence.

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