Editoriaux - Le débat - Politique - Société - 29 janvier 2016

Regarder ou pas “Salafistes” ?

Regarder ? Pas regarder ? Voilà un dilemme de plus en plus présent dans notre société ultra-violente.

Le sujet du jour, le film Salafistes, le sujet d’hier, Mein Kampf.

Derrière le débat, un problème bien plus profond : notre incapacité à affronter la réalité.

Dès la petite école, on souhaite mettre les enfants à l’abri du monde cruel qu’est le nôtre. Plus de notes, peu de commentaires, des pastilles de couleur comme seuls repères. Tout est mis en œuvre pour protéger l’enfant d’un quelconque sentiment d’infériorité. On cache les faiblesses pour éviter l’obsession sans comprendre que celles-ci permettront à l’enfant de se dépasser.

Puis arrive le mois de novembre 2015 où, à force de cacher la mort et la violence, nous nous retrouvons bien embarrassés quand il s’agit d’expliquer les tas de cadavres que voient nos enfants sur l’écran.

Puis l’enfant grandit. La vie, n’ayant pas sa carte au Parti socialiste, se fiche d’épargner le pauvre adulte-enfant et n’hésite pas à le sortir de son cocon pour lui mettre une bonne gifle. La vie n’épargne personne. Mais là encore, la société et son armée de psychologues et d’experts en tout genre feront en sorte que le pauvre malheureux se remette le mieux possible de cette expérience naturelle, mais si cruelle.

Et puis si, par malheur, les experts ne peuvent rien et que la pauvre victime de la vie « dérape », on s’arrangera pour que ça ne se sache pas. Il ne faut surtout pas stigmatiser ceux qui reproduisent la violence qu’ils subissent.

La société dans laquelle nous vivons protège nos pauvres yeux de toutes images « pouvant choquer les plus sensibles », mais jamais ne prend sa responsabilité quant à la constitution de cette fragilité générale.

Et si ces pauvres gens n’étaient pas prêts ? Et si ces pauvres gens n’étaient pas assez élevés ?

Ainsi, dès qu’un film ou qu’un livre sort du périmètre sanitaire de sécurité, l’ensemble des commentateurs et responsables politiques se cachent les yeux et hurlent des « bla-bla-bla » pour ne surtout rien entendre. Pas vu, pas entendu, pas de risque.

Ne serait-il pas plus intelligent de faire confiance à notre esprit critique pour séparer le bon grain de l’ivraie ? Et si les plus jeunes d’entre nous peuvent avoir du mal à faire ce tri, n’est-il pas du rôle des parents, plus que celui des responsables politiques, de faire ce travail aux côtés de leurs enfants ?

Notre société ne pourra jamais faire face aux dangers qui la guettent à coups de vignettes, d’avertissements ou de censure. Nul ne peut combattre ce qu’il ne voit pas.

Vivre débout comme des hommes ou mourir recroquevillés comme des chiens. Voilà à quoi se résume notre destin.

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