L’actualité est parfois heureuse. Lundi dernier, un millier de citoyens étaient réunis dans l’université parisienne de -Dauphine, comme quoi la participative peut aussi gagner les beaux quartiers. De quoi était-il question ? De la construction d’un centre d’hébergement pour 200 réfugiés en bordure du bois de Boulogne.

On imagine la scène. Des hordes de dames façon Jacques Faizant dans Le Figaro de jadis. Tous tailleurs Chanel brandis, permanentes au vent et prêtes à se battre jusqu’au dernier coup de sac à mains Hermès. Marianne sur les barricades, mais sur celles de la place Vendôme, prêtes à mourir pour la patrie et la boutique Bvlgari.

En guise d’amuse-bouche, Sophie Brocas, préfet de Paris, intervient, avant de se faire huer. « Provocation ! », « Y en a marre ! ». Madame le préfet menace de se taire ? « Oui ! Oui ! » Puis, devant le tollé, elle tente ce pas de deux, cette bizarre esquive : « Je le dis avec la plus grande fermeté : il n’y aura pas de migrants dans ce centre, de personnes qui viennent d’ et d’ailleurs. » Dans l’assistance, le soulagement est palpable. Ouf ! Pas de ça chez nous, même si ce quartier, de par ses résidents saoudiens, est l’un des arrondissements les plus arabes de Paris, sans compter d’autres résidents, pas toujours très catholiques non plus ; Claude Coasguen, maire du XVIe, n’est-il pas président du groupe d’amitié parlementaire -Israël depuis 2007 ?

Mais, excusez du peu, ce sont des riches ; voilà qui fait toute la différence pour cette bourgeoisie française, de droite comme de gauche et dont les valeurs sont plus cotées en Bourse qu’ailleurs.

Puis, à nouveau, les invectives et autres noms d’oiseaux qu’on aurait pu croire dévolus aux bonniches du quartier plutôt qu’à leurs augustes employeurs, lesquels sont rapportés par Libération de ce mardi dernier : « Escroc ! », « Fils de pute ! », « Menteur ! », « Collabo ! », « Stalinien ! », « Vendu ! », « Salopard ! », « Salope ! »

« Vous en étiez à “peau de couille”, je crois », entend-on dans Le père Noël est une ordure

On n’en saura guère plus des débats tenus en ce sanctuaire du savoir, lesquels ayant été écourtés, faute d’un service d’ordre digne de ce nom. Pourtant, nous n’étions pas au Stade de France pour le grand retour de NTM. Mais là, sans qu’il soit question de besogner madame votre mère, la « battle » envoyait tout de même le bois, et ce, avec le « flow » qu’il fallait.

Toujours selon Libération, un certain Florent, tout juste sorti de cette peu aimable sauterie, se fâchait tout rouge contre « ce nouveau Sangatte qu’on veut nous imposer au bois de Boulogne. Les gens du quartier ont dépensé un argent fou pour acheter leur appartement et on va leur mettre des Algeco sous le nez ! »

Magnifique mépris de classe. Les immigrés, les pauvres, les réfugiés d’Orient et d’ailleurs, c’est bien ; mais à condition que la plèbe les accueille. Chez elle, loin. Dans les banlieues périphériques, du Nord-Est si possible. Après, il n’est pas impossible qu’ ait voulu jouer un mauvais tour à de riches quartiers qui, traditionnellement, votent toujours à droite. Qu’elle se méfie néanmoins, car en cas d’alternance, tout ce joli monde pourrait bien être expulsé vers la place des Vosges ou le jardin du Luxembourg, là où les espaces verts peuvent être tout aussi accueillants.

Au fait, quid de l’éventuelle expulsion des travelos brésiliens, réfugiés sexuels emblématiques ? Et quid, surtout, du spleen existentiel de la locale désœuvrée et de ses pères déprimés, que plus personne ne pourra éponger dans ce bois de Boulogne, site classé depuis le 23 septembre 1957, et donc inconstructible de fait ? De nouveaux zadistes en perspective ?

16 mars 2016

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