Trump a été élu, mais il n’a pas encore le pouvoir. La journaliste Monica Crowley estimait, dernièrement, que « l’État profond » (deep state) veut évincer Trump avant qu’il ne réussisse, et préférablement “envoyer l’organisme étranger en prison” (Fox News, Hannity, 7 mars 2017). D’où le « dossier » russe, vocalisé par les parlementaires républicains et démocrates d’une vieille garde néocon qui contrôle deux commissions d’enquête sur les agissements de la Russie dans l’élection présidentielle.

Trump vient de stopper net Obama, qui comptait retourner en campagne publique contre lui (selon l’ancien ministre de la Justice démocrate Eric Holder, Jr.). En lançant le 4 mars une opération tweetienne de brouillage qui accusait Obama de l’avoir mis sur écoute, Trump a réussi le tour de force de faire inclure le comportement de l’administration Obama dans les travaux des commissions d’enquête parlementaires sur l’ingérence russe. Il a même réussi à rouvrir la discussion sur les manœuvres illégales conduisant à l’éviction du général Flynn et à étouffer dans l’œuf l’assassinat politique du nouveau ministre de la Justice Jeff Sessions (toujours la Russie !).

Les dénégations qui ont suivi sont tombées dans un piège : si les écoutes n’ont pas eu lieu (ce que la presse avait pourtant seriné pendant des semaines), c’est donc que les tribunaux devant les autoriser ne l’ont pas fait, faute de présomptions de culpabilité. Mais si les écoutes ont eu lieu de façon sauvage, c’est qu’elles sont illégales. De même que l’a été la communication, à la presse, des conversations du général Flynn avec l’ambassadeur russe. Des procès en perspective ! Le dossier « Vault 7 » de WikiLeaks, alimentant maintenant la « paranoïa » sur les écoutes, renforce également l’argument de John McAfee, qui avait dès l’origine expliqué que la « signature électronique » russe dans les piratages du Parti démocrate était un coup monté contre Poutine.

Après 28 décrets et ordonnances, ayant vendu en tête à tête ses plans aux entreprises, aux investisseurs comme aux syndicats, Trump attaque maintenant son programme législatif, ayant affaire à la droite la plus bête du monde, la moins loyale, la plus arrogante : les parlementaires républicains !

La clé du succès du président repose sur son plan fiscal comme sur les grands travaux d’infrastructures (sujets politiquement payants) mais aussi sur la neutralisation financière du système de santé hérité d’Obama (sujet politiquement dangereux). Trump sait que son programme économique sera saboté par le Congrès, soit par intention, soit par incompétence, soit… par absence de jours ouvrés (huit jours de session en avril) !

Il lance donc la réforme d’Obamacare, en misant sur la gauche du Parti républicain, sans trop blesser la droite. Trump vise en fait les démocrates modérés du Congrès, en réélection prochaine, aujourd’hui écrasés par l’establishment, espérant faire basculer cette base dans son « Obamacare light » (mais efficace). Si les démocrates acceptent la main tendue, tant mieux ! S’ils refusent, Trump leur offrira le chapeau, laissera l’actuel Obamacare à son sort (effondrement probable en 2018). Libéré, il pourra ainsi imposer en urgence aux parlementaires des deux bords sa panoplie de réformes économiques, très populaires dans les sondages comme à la Bourse.

Et mettre sur la touche les néocons qui veulent plutôt un budget de guerre ?

12 mars 2017

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