« Aujourd’hui plus qu’hier mais bien moins que demain. » Ce n’est pas la déclaration d’amour du gouvernement à la France mais, résumée, la seule ligne économique réaliste en matière de retraite. On parle ici de l’âge de départ et des cotisations, bien sûr, car pour les pensions, ce sera sans doute aujourd’hui moins qu’hier et bien moins que demain.

Quand Éric Woerth porta la précédente , en 2010, toute la gauche était dans la rue. Qu’importe qu’un Rocard ait pu, il y a vingt ans, tirer la sonnette d’alarme. Qu’importe ce qu’il répète à ses amis socialistes sur l’absurdité du système actuel, rien n’y fait : la réformette votée hier au Sénat et demain à l’Assemblée ne résoudra pas à long ni même à moyen terme le problème d’un déficit toujours plus abyssal.

C’est que ce gouvernement déjà fort mal-aimé ne veut pas finir de se fâcher avec son électorat, ou du moins ce qu’il en reste encore : les fonctionnaires. Ainsi, les mesures arrêtées devraient, en tout et pour tout, combler le déficit du régime des retraites de base du privé qui sera de 7 milliards d’euros en 2020 ; et ne combler qu’une toute petite partie du déficit des retraites du public, soit à peine 800 millions d’euros sur les 8,6 milliards de déficit prévus là encore à l’horizon 2020. Cela sur un déficit total, tous régimes confondus, de quelque 20 milliards d’euros. Une broutille. Donc, sauf arrivée massive d’aliens particulièrement entreprenants et industrieux, on ne voit pas ce qui pourrait boucher le trou. Qui va payer alors ? Mais… l’État. C’est-à-dire vous et moi, en déshabillant Pierre pour habiller Paul. Car il n’est toujours pas question de toucher à l’âge légal de départ en retraite, fixé à 62 ans quand l’espérance de vie est au-delà de 81 ans ! Quant à envisager de réformer les régimes spéciaux, même l’idée en est interdite.

Seul a été concédé l’allongement de la durée de cotisation, passant de 41,5 à 43 ans, mais il sera étalé sur quinze ans à partir de… 2020. C’est ce qui s’appelle refiler le bébé, ou la patate chaude. Dans le « passe à ton voisin », en l’occurrence à ton successeur, la France est championne. À ce jeu, nos petits enfants n’auront que leurs yeux pour pleurer et pas assez de leur salaire (s’ils en ont encore un) pour entretenir une population de vieillards gâteux et égoïstes dans laquelle figureront tous ces politiciens, lâches cacochymes engraissés sous les ors de la République.

Ma réforme des retraites sera « juste, durable et équilibrée », affirmait Jean-Marc Ayrault en août dernier. Elle est, une fois de plus, parfaitement injuste, éphémère et sans aucune envergure.

17 décembre 2013

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