Nous faut-il un référendum « à la Suisse » ? Christian Estrosi (Nice-UMP) et Marine Le Pen le souhaitent vivement.

C’est quoi la question ? Si je puis dire.

L’Histoire nous apprend que les électeurs, en France, répondent rarement à la question et que la procédure référendaire peut être un contournement-détournement de la démocratie représentative (voir les pratiques du Prince-Président Louis-Napoléon Bonaparte qui impose en 1851 le plébiscite avec réponse binaire oui ou non). Aujourd’hui, un référendum sur l’ (avec quelle question ?) ou sur toute autre question, serait une consultation pour ou contre le gouvernement Ayrault-Hollande et pas du tout sur l’ (quelle question ?).

Abordons la question frontalement : l’immigration est-elle une menace pour la France, menace qui nécessiterait que la Nation se lève en masse pour mettre le holà à ce que certains désignent comme une « invasion » et alors, en effet, tous les moyens seraient bon pour faire barrage, y compris le référendum. Ma réponse est non, au risque de me faire incendier sur ce Boulevard, ou a minima de passer pour un naïf aveugle.

L’immigration n’est pas une menace. Elle est un phénomène naturel, structurel de nos sociétés depuis toujours, phénomène qu’il s’agit de connaître pour éventuellement le maîtriser.
La Suisse a autant besoin de l’immigration que n’importe quel pays développé, disons plus riche que les autres. Dans la pratique, la Suisse reviendra évidemment sur les dispositions pratiques qui sont entraînées par les quotas, parce c’est vital pour elle. Et son référendum sera vidé de sa substance apparente, parce qu’elle a besoin des travailleurs étrangers (dont les Français, d’ailleurs !).

Les propositions de « référendum sur l’immigration » sont de l’ordre de l’agitation politique à des fins électorales, louables certes, mais on n’est pas obligé de tomber dans le panneau. Les propositions Estrosi ou FN n’ont rien à voir avec un hommage rendu à la démocratie et à la vox populi. Elles sont des gestes symboliques peu courageux. Oui, peu courageux : ce n’est pas parce qu’une partie de nos concitoyens a peur de l’étranger, en effet, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, que les responsables de la Cité sont obligés de filer le train à la trouille. Et pour aller vite, et pour me fâcher encore une fois avec quelques lecteurs (trices), je dirai que ce n’est pas parce qu’en juin-juillet 1940, un référendum eût plébiscité le gouvernement de Vichy (ce que les urnes n’auraient pas manqué de proclamer sans aucun doute), que la démocratie et la morale tout court se seraient mieux portées !

Alors, gardons la tête fraîche. Nous sommes toutes et tous des descendants d’immigrés. Ce n’est pas par réferendum que nous ferons aimer la langue et la culture française à tous les nouveaux arrivants. Un peu d’amour, Nom de D. !

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