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Editoriaux - Politique - Table - 9 juillet 2016

Référendum : à quand l’abandon de la majorité simple ?

Ainsi, les Anglais n’ont plus confiance en cette Europe-là et veulent s’écarter de Bruxelles. Soit ! On les comprend.

Mais quid d’un référendum à la majorité simple pour une décision aussi forte ? Est-ce un absolutisme démocratique ? La question choque, au premier abord, car les Anglais ont choisi assez largement cette voie.

Pourtant, si la démocratie est l’expression du peuple, de quoi parle-t-on ? Souvenons-nous du traité de Maastricht. De quel peuple s’agissait-il ? Celui qui vota à 50,1 % ? Ou le sous-peuple dont les voix ne représentèrent que 49,9 % des bulletins.

Quelle futilité que ce régime qui prétend inférer sa légitimité et engager son devenir d’un seul teen-ager ou d’un vieillard chenu ! À une voix près, la vie de générations entières est tracée. Quelle farce ! À une voix près, un peuple est respecté, l’autre méprisé.

« Te rends-tu compte, ma chérie : si tu avais attendu un jour un de plus pour céder à mes avances, ou si j’avais été fatigué au jour fatidique, nous n’aurions pas eu cet enfant dont la voix nous obtint la victoire électorale ? Ah, mais non voyons ! C’est ta maman, si nous l’avions envoyée un jour plus tôt en maison de retraite, elle n’aurait pas pu voter. Et si je n’avais évité cette voiture qui voulait me renverser, je ne serais plus là pour blaguer à demi. Grâce à nous, les 49,999 9 % sont maintenant 50,000 1 %, et la majorité bascula. L’avenir radieux vers des siècles et des cieux bruxellois s’annonce… »

Dieu ! Quelle bêtise ! Démocratie toute faite de “si” qui mettent en bouteille le champagne du camp des vainqueurs ! Futilité d’une République dont le destin est une notion que seuls les petits inquiètent.

Futilité ? Oui, futilité mais grand danger : quel respect peut-elle obtenir ? Elle qui se croit justifiée d’exister par la voix peut-être très éphémère – l’opinion d’un jour ? – qui fit majorité. Quelle adhésion fondamentale en des lois éternelles ce royaume de paille peut-il espérer ? Lui qui se fait ballotter selon le projet du dernier gouvernement en place, au rythme d’une voix majoritaire, ou des répétitives réformes constitutionnelles.

Je hais ces expressions du peuple qui se croit tout permis une fois la votation achevée. J’abhorre que l’on s’autorise à faire fi de l’unité nationale. Laquelle ne saurait reposer en la voix si légère d’un indécis, que l’un des camps gagna.

Plutôt en venir au vote à la majorité des deux tiers ou même davantage. Un exemple ? Au seul royaume restant de monarchie absolue, et de droit divin qui plus est : le Vatican, il en est ainsi. La vraie démocratie ne saurait être le diviseur. Au-delà même du conclave et de l’élection du Saint-Père, les grandes réformes ou les grands textes doivent obtenir cette majorité des deux tiers.

Sans cette volonté d’union, sur un projet, la famille nationale s’éclate. Les Français peuvent-ils encore longtemps rester dans cette inconséquence ? Sans loi fondamentale stable, sans système politique qui organise la recherche d’une cohésion, nous ne progresserons pas.

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