On le sentait venir : les objectifs de réduction du déficit affichés par le gouvernement (+3.6 % en 2014 révisés à 4 %, contre 4.3 % en 2013) ne seront pas atteints. Mais de là à penser qu’il repartirait à la hausse ( vient d’annoncer que le déficit de l’année serait autour de 4.4 %), il y a une marge que même les observateurs les plus pessimistes n’avaient osé envisager. En clair, les 64 milliards d’impôts nouveaux prélevés annuellement sur le contribuable depuis 2010 (soit une hausse de 3.5 % des prélèvements obligatoires), et qui devaient nous permettre d’atteindre la fameuse barre des 3 % fixée par Bruxelles en 2015, n’auront servi à rien.

Raison invoquée ? La croissance n’a pas été au rendez-vous. L’argument est, certes, juste mais l’excuse n’est pas recevable. Pourquoi ? Parce que les prétendus experts de Bercy – comme tous leurs prédécesseurs – ont planché à partir de prévisions de croissance totalement fantaisistes, taillées sur mesure dans le seul but de s’exonérer de la tâche la plus difficile : couper dans les dépenses publiques. Ce stratagème dure depuis des décennies et c’est là et nulle part ailleurs – loi Pompidou de 73, par exemple – qu’il faut chercher les vraies causes de notre endettement astronomique.

Plus de vingt siècles avant Jean de La Fontaine, Zénon d’Élée avait démontré qu’à la course, le lièvre ne pourrait jamais dépasser la tortue, certes partie avant mais infiniment moins rapide, pour la bonne raison que dans le temps écoulé pour seulement la rattraper, la tortue avait continué d’avancer et que cette séquence se reproduisait à l’infini. Ce paradoxe connu de tous les lycéens de classe terminale trouve dans la gestion de nos finances publiques une application concrète particulièrement saisissante. Que ce soit par la hausse des impôts ou la baisse des dépenses, jamais l’État ne parviendra à équilibrer son budget sauf à prendre en compte, dans son hypothèse de croissance, l’impact négatif de telles mesures, c’est-à-dire à la sous-estimer. Or, nous l’observons chaque année : il fait systématiquement le contraire.

Si tous les efforts accomplis ces trois dernières années ont été vains, que peut faire le gouvernement ?

En dehors d’une banqueroute négociée avec ses créanciers à la grecque ou bien la spoliation des épargnants manu militari à la chypriote, il n’existe que deux solutions et deux seules : réduire massivement les dépenses publiques (mais pour s’y risquer il faut pouvoir s’appuyer sur une majorité parlementaire forte et solidaire) ou bien créer une croissance artificielle par relance de l’inflation, mais c’est impossible sans hausse des salaires et sans la maîtrise de la monnaie. François Hollande et Manuel Valls sont donc dans une impasse totale et ils n’en sortiront pas.

Le risque que court maintenant notre pays et que préfigure la déclaration du ministre Sapin, reportant à 2017 les objectifs initialement fixés pour 2015, est celui du renoncement et de la procrastination, en somme un retour à l’envoyeur pour la prochaine majorité de centre droit qui est – il faut le souligner – la première responsable de la situation actuelle.

10 septembre 2014

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