Editoriaux - Justice - Médias - Politique - 17 mai 2013

Récession : le problème, ça n’est pas le PS, c’est l’euro !

François Fillon aurait (encore) mieux fait de se taire. En déclarant que la récession est « d’abord un problème français », l’ancien Premier ministre a analysé de la pire des manières les chiffres de l’INSEE qui font état d’un recul du PIB de 0,2 % au premier trimestre.

La réaction de Fillon fait écho à celle, tout aussi désolante, du PS : la récession, c’est surtout l’héritage désastreux de Sarkozy. La « droite » et la « gauche » ont tellement besoin l’une de l’autre : pour nous faire croire qu’elles mènent des politiques différentes, elles créent des bulles politiques, des débats microscopiques dont s’emparent les médias, friands de ces clivages artificiels, qui leur rappellent les (vraies) batailles d’antan. La droite a eu son bouclier fiscal, la gauche sa taxe à 75 %. Autant de mesurettes dépourvues de tout effet réel, mais dont le seul objectif est de persuader leurs électeurs qu’elles restent fidèles à leurs « valeurs » : l’encouragement du mérite et de la réussite pour l’une, la justice pour l’autre. Ces querelles de pacotille surjouées occupent les médias et mobilisent les militants les plus naïfs, mais parviennent de moins en moins à tromper les Français.

Nos compatriotes ont vu leur pouvoir d’achat baisser de 0,9 % en 2012 – une première depuis 1984. Une première, mais pas un hasard : l’année 1984, c’est celle qui voit les premières conséquences du tournant de la rigueur opéré par la « gauche » alors au pouvoir. Ce tournant qui va conditionner la politique menée par l’ensemble des gouvernements successifs depuis 30 ans : sauvetage du SME dans les années 1980, mise en place de l’euro dans les années 1990, volonté de maintenir celui-ci en vie, quelles qu’en soient les conséquences économiques et sociales depuis les années 2000. Une politique économique soumise à l’idéologie européiste : les eurocrates préférant voir crever les peuples pour éviter d’assister à la fin tragique de leur créature.

La gauche et la droite font preuve de la même lâcheté et de la même cécité. La lâcheté des abandons progressifs de souveraineté, la cécité qui les conduit à refuser de voir que l’euro est une monnaie construite pour les seuls besoins de l’économie (spécialisée dans les biens d’équipement, très prisés des pays émergents) et de la démographie (vieillissante) de l’Allemagne.

Cette Allemagne encensée par les médias, qui se réjouissent bruyamment des augmentations de salaires récentes de l’autre côté du Rhin, en oubliant sciemment que celles-ci ne bénéficient qu’aux ouvriers les plus qualifiés et que les salaires réels ont baissé de 2 % en Allemagne entre 2000 et 2011, alors qu’ils augmentaient de 11 % en France sur la même période.

L’Allemagne a parfaitement le droit de défendre ses intérêts, voire de pratiquer une dévaluation masquée en transférant massivement les charges des entreprises vers les ménages, mais elle le fait au détriment de ses partenaires de la zone euro et pousse des cris d’orfraie à la moindre critique, a fortiori lorsque celle-ci est française. Fort heureusement, il se trouve toujours un Bruno Le Maire, Kapo en chef, ou un Jean-Marc Ayrault, Deutsche twitto, pour se confondre en excuses.

Le mois dernier, le FMI a confirmé ses projections de croissance : en affichant une croissance négative (-0,3 %) en 2013, c’est la zone euro, dans son ensemble, qui demeure l’homme malade de la planète. Elle est la seule zone au monde à voir son économie ainsi régresser alors que, du Japon aux États-Unis en passant par la Chine, les grands pays jouent sur la faiblesse de leur monnaie pour stimuler leur croissance. Tout le monde, sauf l’Europe.

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