À une époque où de nombreux hommes politiques, philosophes ou politologues considèrent que le clivage gauche/ est dépassé, Robert Ménard, lors du Rendez-vous de Béziers, a revendiqué cette opposition et affirmé sa fierté d'être de droite, en créant la plate-forme "Oz ta droite". L'événement est placé sous le parrainage du très chiraquien Denis Tillinac, auteur de L'Âme française, qui appelait récemment dans un numéro de à une recomposition de la droite Les Républicains en deux partis alliés, un peu comme le RPR et l'UDF, "qui se détestaient, mais dont les reports de voix étaient excellents".

Il y a bien évidement un aspect "identitaire" dans une telle revendication : être de droite, c'est se reconnaître dans un corpus de valeurs (l'ordre, le respect de la famille, la valorisation du travail, etc.), d'écrivains (Giono, Céline, Raspail, etc.), d'attitudes (se tenir droit, ne pas être débraillé ou mal rasé, etc.), de combats politiques passés (l'Indochine, l'Algérie, l'École libre, les Manifs pour tous, etc.). La même chose s'applique également à la gauche. Mais au-delà des aspects identitaires, quels sont les marqueurs politiques d'une gestion de droite ?

À en croire certains intervenants de Béziers comme Yves de Kerdrel, Denis Tillinac ou Chantal Delsol, dont le mépris et le sectarisme n'ont rien à envier à ceux des socialistes, le Front national serait un parti de gauche qui, s'il arrivait au pouvoir, mènerait "une communiste". En cause, son programme économique, réduit à ses aspects interventionnistes, protectionnistes et sociaux. Loin de moi l'idée de nier ces aspects du programme de Marine Le Pen. Toutefois, il me semble utile de faire œuvre de vérité et de rappeler à ses détracteurs que le programme économique du FN met aussi l'accent sur une réduction fiscale importante et sur une rigueur budgétaire (qui n'est certes pas l'austérité imposée par l'Union européenne) ainsi que sur une diminution du nombre de fonctionnaires territoriaux. Ces principes de gestion "en bon père de famille" sont d'ailleurs mis en œuvre dans l'ensemble des villes dirigées par le FN.

Le meilleur exemple est peut-être cette ville du sud de la France, dont le maire n'hésite pas à intervenir dans l'économie en rachetant les Galeries Lafayette pour sauver les emplois et les commerces du centre-ville. En guise de mesure sociale, le maire a également mis en place une mutuelle ainsi qu'une cantine à un euro pour les revenus les plus faibles. Par ailleurs, il paraît que le maire serait favorable à la création d'une monnaie locale, incitant à acheter de préférence dans sa ville, ce qui est en soi une mesure de protectionnisme intelligent.

Cette ville, vous l'aurez deviné, s'appelle Béziers : est-il, pour autant, un affreux marxiste ? On voit bien qu'à l'aune de l'action et du réalisme politique, le clivage gauche/droite a tendance à s'émousser !

12 juin 2016

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