Depuis quelques jours, un sport à la mode sur Boulevard Voltaire semble être le « pape bashing ». Je lis, ici, qu’il serait le pape du nouvel ordre mondial, adepte du « noachisme », applaudi par la franc-maçonnerie juive argentine qui conduirait l’Église vers une nouvelle tour de Babel. Je lis, là, qu’il nourrit une « sympathie fraternelle pour la foi musulmane » (puisqu’il a « violemment critiqué » les déclarations de Benoît XVI dans son discours de Ratisbonne), et qu’il est condamné à décevoir tout le monde, « aussi bien les traditionalistes, en raison de ses prises de position politiques et de son indifférence aux problèmes liturgiques, que les progressistes, en raison de son intransigeance sur les questions de morale et de société ».

Bref, si leur religion ne le leur interdisait pas, les catholiques n’auraient donc plus qu’une alternative : la corde ou le gaz. Sans doute les auteurs de ces posts peuvent-ils faire valoir une grande expertise. Sans doute leur connaissance pointue du noachisme, du discours de Ratisbonne, de la réforme de la Curie, que sais-je encore, les autorise-t-elle à discourir de la barque de saint Pierre qui pourrait bien se muer, si je les en crois, en Titanic. Je ne prétends pas être aussi savante, mais préfère m’appuyer pour juger sur ce que le pape — en tant que pape — a fait que sur ce qu’il va peut-être faire. Et comme ceux qui aiment les formules faciles disent que, si Jean-Paul II était l’espérance et Benoît XVI la foi, celui-ci incarne la charité, parlons donc de charité.

On me dit que puisqu’il aime les pauvres, qu’il vit dans une cellule quasi monacale, il serait donc un pape progressiste, voire révolutionnaire. Mais faut-il avoir trop regardé le Da Vinci Code ou écouté Cécile Duflot pour s’imaginer qu’il ne s’inscrit pas là dans la grande tradition de l’Église. C’est bien connu, le Curé d’Ars et Saint Vincent de Paul se roulaient dans l’or et les dentelles, l’Église n’a jamais fondé d’hospices, ni d’hôpitaux, les religieuses en cornette n’avaient pas le temps de s’occuper des malades, elles s’amusaient bien trop à transporter Louis de Funès à folle vitesse dans leur 2CV, et Benoît XVI a bien sûr professé urbi et orbi qu’un curé n’ayant pas sa Rolex à 50 ans avait raté son sacerdoce.

Si j’en crois sa première homélie, la façon qu’a le pape François d’aimer les pauvres s’écarte même radicalement des écueils « progressistes » d’une charité toute horizontale, pour renouer au contraire avec une tradition de charité qui est aussi verticale : « Nous pouvons marcher tant que nous le voulons, construire un tas de choses, si nous ne confessons pas Jésus-Christ, rien ne va. Nous deviendrions une ONG philanthropique mais non l’Église, l’Épouse du Seigneur. » La pauvreté que dénonce le pape François est aussi matérielle que spirituelle et le plus grand trésor que l’Église ne doit pas garder avaricieusement par-devers elle est la foi.

La redistribution des richesses passe d’abord par celle de ce patrimoine impalpable. Et le spectacle de ce pape argentin, venant de ce nouveau monde où explose la ferveur populaire peut être une chance pour l’Église de France. La France où, il faut bien le dire, ces cinquante dernières années, du fait d’un affadissement du message, d’une édulcoration du catéchisme et du peu de zèle en matière d’évangélisation des écoles catholiques, les classes modestes ont été peu à peu exclues de la « table du partage », la pratique religieuse étant désormais surtout le fait d’une certaine élite sociale, de « bonnes familles », qui par habitus, comme dirait Bourdieu, ont une tradition de transmission intrafamiliale et le privilège de connaître les ficelles pour un enseignement religieux alternatif. Alors oui, qui sait, une chance pour l’Église de France ? Et puisque l’on parle de chance, si nous faisions donc la charité au pape François de lui laisser la sienne, afin que les catholiques puissent garder foi et espérance ?

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5 mai 2013

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