Renaud par-ci, Renaud par-là… Renaud a dit… Renaud a fait… « Toujours debout », « toujours la banane », « Renaud règle ses comptes »… 
Est-ce qu’on va enfin nous lâcher avec ça ?

Des mois que dure cet insupportable matraquage. Les reprises par les "copains", le faux suspense de la résurrection, histoire de bien préparer la sortie d’un album, et depuis le mois de janvier le bulletin de santé racoleur qu’on nous sert quotidiennement ou presque: le cadavre a bougé une paupière, le zombie s’est réveillé, l’alcoolo s’est servi un verre d’eau… Tout juste si l’on n’a pas droit, chaque matin en direct, à l’analyse des urines de la nuit.


Oui, Renaud avait du talent ; oui, il en a encore. Et non, il n’a pas retrouvé sa voix. Il n’y a qu’à l’entendre parler pour savoir que sa voix "chantée" a été honteusement trafiquée, histoire sans doute de gommer les ravages de la défonce.

Depuis des semaines, c’était le Messie ressuscité : Renaud le Phénix et son visage photoshopé sur les murs du métro. Mais comme cela ne suffisait pas, on a en plus aujourd’hui Renaud qui publie ses mémoires. Les radios ont dépucelé l’ouvrage, la France retient son souffle et fait silence : on guette les paroles de l’oracle, les visions de la pythie. Ça s’appelle Comme un enfant perdu. Ça paraît pour la fête des Mères. Bien vu, l’artiste.

Il y a là-dedans "tout pour comprendre Docteur Renaud et Mister Renard", disent les radios enamourées. Le journal intime des pleurs et du vomi ; tout ce qu’il nous faut, en effet, pour oublier le rationnement de l’essence et la courbe du chômage.

Et demain, ce sera quoi ? La fin de la pièce en trois actes : Renaud a replongé, il s’est suicidé au pastaga, a enfilé la robe de bure, épousé Nabilla ?

Au fond, Renaud, on s’en fout. La question, c’est pourquoi tant de dévotion ? Eh bien, parce que Renaud, c’est l’air du temps. C’est la France qui se bourre la gueule pour ne plus penser et se réveille chaque matin la tête dans la cuvette. C’est la gouaille râleuse, le fils de droite qui roule à gauche, le rejeton choyé qui se rêve en maudit ; l’antimilitariste, l’anticapitaliste. Le p’tit gars qui traîne comme un boulet la mauvaise réputation de son papa (accusé de collaboration) et porte en étendard la vie rêvée de sa maman (fille de mineur). Renaud la vertu, contre l’armée, contre le fric, contre les patrons, contre le système… Nuit debout avant l’heure, mais qui donne ses rendez-vous à la Closerie des Lilas, entre Arielle Dombasle et BHL. Renaud qui vend une planche de Tintin à Drouot pour 1.046.000 euros.

Pardon Renaud, mais je vais être directe avec toi : dans les brumes que ton foie malmené projette sur ta cervelle enfumée, tu ne vois même pas que tu es la marionnette qu’on agite pour se refaire une conscience. Franchement, tu t’es vu quand t’as plus bu, place de la République, en train de débiter d’une voix pâteuse un « Je suis Charlie » de rattrapage ? Ânonnant un pauvre compliment à la mémoire des victimes du 13 novembre ?

Retourne au pastaga, mon vieux Renaud. Ou si t’en es vraiment sorti, arrête tout de suite cette comédie parce que, franchement, là, j’ai honte pour toi !

Et si tu veux un sujet de méditation, songe à ce malheureux Léo Ferré récupéré pour vendre à la télé des sardines en boîte… Si tu n’y prends pas garde, tu risques de finir ta carrière dans les maquereaux au vin blanc.

25 mai 2016

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