Discours - Editoriaux - Fake News - Radio - Religion - Société - 15 janvier 2018

Raphaël Enthoven : petit traité de philosophie porcine à l’usage de Julien Sanchez

En novembre dernier, Raphaël Enthoven nous avait régalé d’une grotesque exégèse du nouveau « Notre Père ». Jeudi dernier, au micro d’Europe 1, il parlait laïcité, ou plutôt laïcités. Car, voyez-vous, il y a laïcité et laïcité : celle de « l’amour », et celle de « la haine ». La laïcité amoureuse des musulmans de M. Enthoven et l’autre, celle de Julien Sanchez, qui a haineusement supprimé les repas de substitution dans les écoles de Beaucaire, la ville dont il est le maire. Heureusement, M. Enthoven veille et n’a pas hésité (c’est à la mode) à balancer ce porc, cet infâme représentant des « brutes qui, au nom d’une fausse laïcité, se conduisent comme les animaux qu’ils imposent ».

Ç’aurait été l’occasion de demander à M. Enthoven ce qu’il pense des fake news. À l’entendre affirmer que « quand elle impose de manger du porc, la laïcité, c’est la boucherie », on croirait presque que Julien Sanchez a recruté une armée de bourreaux munis d’entonnoirs et chargés de faire entrer de force ledit porc dans le gosier des écoliers. Sauf qu’il n’impose pas plus aux enfants de manger du porc que des carottes, du fromage ou de la mousse au chocolat. Le porc sera même servi à jour fixe, le lundi, pour permettre « aux parents de s’organiser ».

Mais M. Enthoven n’en démord pas :

Quand on entend les paroles du maire de Beaucaire, on se dit qu’il existe bien une laïcité radicale, une laïcité conne, une laïcité belliqueuse, qui tourne le dos à la laïcité comme l’islam radical tourne le dos à l’islam.

Venant d’un agrégé de philosophie, surtout quand il lit un discours entièrement rédigé à l’avance et n’a donc pas l’excuse du mot malheureux qui lui aurait échappé, la comparaison manque quand même singulièrement de subtilité et d’honnêteté intellectuelle. « Bien sûr, concède-t-il, il n’y a pas d’attentats au nom de cette laïcité, mais on y fait quand même pleurer les enfants. » M. Enthoven a manifestement l’esprit romanesque d’un personnage de Stendhal. Ce trait pourrait le rendre plutôt sympathique. Mais sa sensibilité de jeune fille ne semble pas s’étendre aux petits chrétiens à qui on ne propose que de la viande le vendredi. C’est sans doute qu’il y a religion et religion.

Mais revenons à M. Sanchez.

Ce n’est pas du terrorisme, conclut le philosophe, c’est juste de la terreur.

J’attrape le Larousse : « Terreur : Pratique systématique de violences, de crimes en vue d’imposer un pouvoir ». En servant du porc dans les cantines, M. Sanchez commet donc un crime odieux ? En récidivant tous les lundis, il exerce une violence systématique ? Si Robespierre était encore de ce monde, il serait vraisemblablement pris du rire inextinguible qui secoue les dieux homériques.

Sophocle (encore un affreux misogyne à brûler en place publique !) écrivit jadis que « le silence est la parure des femmes ». Raphaël Enthoven doit en avoir conclu un peu hâtivement que la parlure est la science des hommes. Et que cela les autorise à dire n’importe quoi.

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