« Une patrouille composée de huit enfants, conduite par un lieutenant et manipulée par un capitaine, reçoit pour mission d’aller faire la police dans le Royaume du Conte. Car il se passe, dans ce royaume, pas mal de choses que le folklore tolère, mais que la morale réprouve : les loups y mangent les petites filles, ce qui est cruel ; les ogres y mangent les petits garçons, ce qui est vicieux ; on peut y rencontrer le diable, ce qui n’est pas laïque, ou encore épouser un prince ou une princesse, ce qui n’est pas démocratique… Notre patrouille va donc mettre ordre à tout cela… »

Les lecteurs de Pierre Gripari, auteur à succès pour enfants, reconnaîtront dans les quelques lignes qui précèdent la présentation de sa célèbre Patrouille du Conte… livre destiné, lui, aux adultes.

À l’époque, ce livre avait été perçu comme une satire assez féroce contre le politiquement correct dans un domaine où, pourtant, on ne s’y serait pas attendu : mais le « procès stalinien » n’épargnant rien ni personne, Pierre Gripari n’avait finalement qu’un peu d’avance.

La preuve : l’hebdomadaire VSD du 17 avril dernier nous rapporte la campagne hystérique contre l’industrie américaine du dessin animé dans le quotidien d’information britannique The Guardian, par le journaliste Steve Rose.

Tous racistes ! Aucun studio de production n’échappe à ses accusations de propager les clichés racistes et sexistes les plus éculés, « tant dans le choix des personnages que dans le casting des voix pour les doubler »… Dans Planes, les avions sont coupables : « Le Mexicain ? Un dragueur. La Française ? Une séductrice… » ; dans La Petite Sirène, Sébastien, son « pote crabe », a un accent jamaïcain prononcé pour faire des blagues débiles ; dans Rio 2, Perla, native du Brésil, est doublée par une actrice blanche, alors que toute sa famille l’est par des acteurs de couleur… On arrête là l’énumération, aucun (Dumbo, Moi, moche et méchant, Shrek, Madagascar, Mulan, Pocahontas, etc.) n’échappe au clone d’Andreï Ianouarievitch Vychinski, ce procureur général des sinistres procès de Moscou organisés par Joseph Staline.

Le grotesque atteint son paroxisme avec La Reine des neiges, histoire se déroulant dans un royaume imaginaire du Grand Nord plongé dans un hiver éternel où – c’est à peine croyable, figurez-vous ! – il n’y a que des blancs !
« On peut se demander, pourfend “Steve Vychinsky”, pourquoi on a envie de raconter de telles histoires alors que notre société est multiculturelle et multiethnique, sans représenter un seul personnage de couleur, tant à l’écran que dans le choix du doublage des voix ! »

Et qu’on ne lui dise pas que c’est à cause du public qui n’a pas réservé de triomphe en 2009 à La Princesse et la Grenouille, film dans lequel l’héroïne est une jeune fille aussi belle que d’un noir d’ébène : un « succès modeste », indique-t-on avec pudeur.

Heureusement que Kirikou et la Sorcière, long métrage d’animation franco-belgo-luxembourgeois, a remporté, lui, un succès critique et commercial inattendu : près d’un million d’entrées rien qu’en France… Mais que personne ne dise à « Andreï Ianouarievitch Rose » que tous les personnages y sont… noirs ! Pas un blanc, pas un jaune, pas un vert, pas un bleu représentatif d’une « société multiculturelle et multiethnique ».

« N’y a-t-il pas quelque danger à censurer de cette manière ce qui vient des profondeurs de l’histoire et du subconscient collectif ? », s’interrogeait en son temps Pierre Gripari…

C’est à craindre, en effet !

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