Comment oser parler de désunion nationale quand le parisianisme politique, artistique et médiatique a montré sa force et sa solidarité, le 27 novembre, en réservant – contre le racisme – un accueil triomphal à et qu’il a fait de même hier au “Rond Point” avec la présence de la compagne du président de la République ?

Cette manière de cultiver une incandescence artificielle, quand la dénonciation a été faite – et bien faite – pour les attaques odieuses dont le garde des Sceaux a été victime à trois reprises, souffle sur le mal dont on réclame la disparition et plonge la France du quotidien, de la pauvreté et de l’angoisse, la France qui aurait besoin d’une politique pénale et d’un ministre, dans un état de stupéfaction accablée ou indignée.

[…] La France aime trop la politique dans ce qu’elle a d’outrancier et de guerrier – des luttes personnelles, des anecdotes intimes aux problèmes de fond. La meilleure preuve en est que notre pays ne se démobilise jamais tranquillement, il ne désinvestit pas l’appétence pour la chose publique et ne se retire pas sur le bord de la route sans le faire remarquer brutalement. La politique est une drogue et le refus, voire la haine de la politique, une autre. La sérénité n’est nulle part et on aime trop passionnément nos divergences pour nous priver de la volupté de les exprimer même quand la concorde, ici ou là, ne serait pas une trahison. S’accorder, ce serait une honte ! On préfère avoir tort tout seul que raison avec presque tous.

[…] La France veut tout, tout de suite. Pas question de céder un pouce de terrain, de démocratie. Les Français sont les combattants héroïques d’une bataille qu’ils s’inventent et se livrent à eux-mêmes. Non pas qu’il n’y ait pas de vraies causes sociales, économiques et politiques qui, en dehors d’un inconcevable unanimisme, soient de nature à susciter de légitimes oppositions ou des dialogues musclés, mais ceux-ci n’imposent pas, sauf par perversion de l’esprit public, la fureur et l’extrémisme, le tout ou rien, le contraire d’une intelligente négociation.

Constater sur les réseaux sociaux les contradictions jouissives et picrocholines dont certains s’enivrent – contemplant sans jamais se lasser le doigt plutôt que la lune – fait comprendre sur un plan modeste à quel degré, au fond de beaucoup, l’idée compte peu mais celui qui la formule. On a moins envie de contredire celle-là que de tuer celui-ci.

Face à cette irrésistible propension à la désunion nationale, on objecte le goût des Français pour les périodes de cohabitation. Mais ces dernières sont aux antipodes d’une authentique union nationale. La guerre continue plus que jamais, sur un mode plus subtil, plus feutré, plus ralenti. L’un fait mine de ne pas bouger et il avance, et l’autre de respecter mais il détruit. Le Président et le Premier ministre font pouvoir à part, c’est tout.

Devant un tel constat, on admet que certains – ceux qui n’ont pas à se confronter à la dureté de la vie – éprouvent le besoin d’organiser, entre eux, de bonnes petites manifestations sur des thèmes récusés par personne et dans une France qui a d’autres priorités à fouetter, d’autres maux à endurer.

L’accueil triomphal à Christiane Taubira va certainement faire du bien au pays, le consoler !

Extrait de : La désunion nationale

2 décembre 2013

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