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Editoriaux - Histoire - Justice - Politique - Société - 7 septembre 2015

Rachida Dati/Élise Lucet : toutes deux dignes d’une cour de récréation

Le Parlement européen est-il le lieu où se discute gravement l’avenir de notre continent ou, en cette rentrée scolaire, une cour de récréation ? On pourrait le penser en prenant connaissance de l’altercation surréaliste qui a opposé la journaliste Élise Lucet à . La première souhaitait interroger l’ancien garde des Sceaux sur ses liens éventuels avec la société GDF Suez, qui pourraient constituer un conflit d’intérêts. Le moins qu’on puisse dire est qu’elle l’a fait avec la délicatesse d’un CRS au milieu d’une Manif pour tous.

Suivie d’une caméra, interpellant à voix haute Rachita Dati dans les couloirs du Parlement, Élise Lucet s’est montrée plus qu’importune : vulgaire. Le ton mi-ironique, mi-accusateur de ses questions, qui relèvent manifestement du tête à tête au cours d’un entretien préalablement fixé, était celui d’une adolescente jalouse. Mais ce qui est tolérable d’une gamine à peine pubère ne l’est pas d’une journaliste chevronnée. Madame Lucet s’est comportée comme une stagiaire mal élevée. Rachida Dati, alors qu’elle pouvait lui donner publiquement une leçon de savoir-vivre, a répondu au harcèlement par l’invective. « Si vous croyez que j’ai peur de vous, ma pauvre fille. Ma pauvre fille, quand je vois votre carrière… votre carrière pathétique… » Tel est le niveau du débat public en 2015.

Ces querelles de cour de récréation n’auraient pas d’intérêt si elles ne révélaient l’état des mœurs politiques de notre temps. L’élu, le gouvernant, n’est plus un personnage auquel l’onction du suffrage universel confère une respectabilité naturelle, mais un cadre supérieur à qui n’importe qui peut demander des comptes, en public, et sans égard pour sa personne ou sa fonction. Et il est responsable de cette désacralisation du pouvoir.

Lorsqu’il se comporte comme n’importe quel citoyen, en adopte les comportements, étale sa vie privée au grand jour, se laisse complaisamment photographier en maillot de bain, change de partenaire comme de chemise et se montre aussi grossier qu’un automobiliste du dimanche, il ne faut pas s’étonner que le journaliste l’interpelle comme il ferait un micro-trottoir. François Mitterrand et ses prédécesseurs savaient se tenir. Avec Jacques Chirac, la France a échangé son dernier monarque contre un président de conseil général. La vulgarité dont Nicolas Sarkozy a parfois fait preuve, les pathétiques histoires de fesses de François Hollande ont définitivement abaissé une fonction qui, en dépit des réalités politiques, conservait un prestige symbolique.

L’exemple vient d’en haut. Rachida Dati n’a rien d’un parangon de vertu, et l’image superficielle qu’elle donne d’elle n’inspire confiance ni dans ses propos ni dans son (in)action politique. Qui pouvait imaginer, il y a une décennie ou deux, qu’un responsable politique, titulaire en son temps d’un portefeuille prestigieux, s’abaisserait à de tels propos ? Qui pouvait penser qu’un ministère régalien – la justice, quand même ! – serait confié à une femme manquant à ce point d’éducation ? Ces gens nous démontrent, chaque jour, que le service du bien commun est décidément étranger à leurs préoccupations quotidiennes. Ils nous rappellent, par leurs attitudes et leurs propos, l’urgence d’une nouvelle révolution – pacifique, si possible – qui redonnera aux Français, avec la maîtrise de leur destin, des gouvernants dignes de la fonction qui leur est confiée.

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