Dans les années quarante du siècle dernier, Simone Weil disait à Gustave Thibon : « Vous êtes français comme on ne l’est plus depuis trois siècles. » Cela seul suffirait aujourd’hui à inscrire les philosophes sur la liste des suspects : la première, pour avoir assuré qu’il existe un « être français » — l’essentialisation ou la substantialisation de la nation suffisant à renvoyer aux heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire pendant lesquelles, circonstance aggravante, l’assertion a été formulée ; le second, tout simplement pour... avoir été français, ce qui est sans doute le plus grave (gravis, le plus lourd) pour le trébuchet avec lequel le très sourcilleux clergé libertaire soupèse les âmes qu’il juge et condamne.

Pourtant, il existe ou, plus exactement, il subsiste un être français qui, comme tel, est rigoureusement insoluble dans l’universalisme abstrait de la République, façon de dire que la excède la forme (l’informe) dans laquelle elle agonise. Non que la qualité de français soit incompatible avec celle d’homme mais, en métaphysique comme en politique, il est des états multiples de l’être que seule une juste anthropologie dévoile et que seule l’analogie permet de penser. Maurras le sut, qui disait : « Je suis de Martigues, je suis de Provence, je suis de France, je suis romain, je suis humain. » À l’heure des grands mélanges imposés, la confusion des ordres se paie très cher.

L’universalité concrète ne s’atteint qu’au travers du particulier concret, ce qui suppose d’appeler un chat un chat. Or, l’acte de nomination est lui-même visé par le clergé sus-cité. À la base de son ressentiment : une double haine, et du logos, et de l’incarnation. La langue étant fasciste, il faut abolir la et la syntaxe ordonnatrices (le gender contre les genres) ; que je sois né ici et non ailleurs, héritier d’une race et d’un nom, fait de moi un Français, non un ange, non un pur esprit. L’angélisme idéologique des bonobobos socialistes, dussent-ils en être étourdis, n’est que le très pâle et très médiocre dérivé de leur angélisme pseudo-métaphysique : ces matérialistes haïssent la chair comme ils haïssent la terre (c’est le même humus). Si, encore, ils pouvaient être comparés aux démons les plus inférieurs, qui sont aussi de purs esprits...

À propos de « race », enfin : aux ridicules fossoyeurs — toujours les mêmes bonobobos — qui veulent rayer ce joli mot de la Constitution (la race suppose la filiation organique et historique, mais il est en effet urgent de brouiller les liens de parenté) et ainsi brûler les pages de notre roman national — pauvres chers vieux Péguy et Bernanos... —, je suggère de supprimer le mot « France » dans le même mouvement. Outre que cela ira plus vite, ils pourront à loisir constituer leur bibliothèque rose où accumuler les chefs-d’œuvre réalistes socialistes (les bisounours en héros positifs). Le peuple français ayant été rendu analphabète par deux cents ans d’école publique, laïque et obligatoire, il n’y verra... que du feu.

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23 avril 2013

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