Editoriaux - Politique - Société - 8 février 2018

Quotas d’emploi de personnes handicapées : une question d’humanité !

Sophie Cluzel a confié, le 16 janvier dernier aux Échos, sa volonté de réviser les quotas d’emploi de personnes handicapées. “Trente ans après la mise en place du quota de 6 %, les entreprises peinent encore à atteindre 3,5 % !” Le principe même des quotas est “intéressant”, même s’il n’a pas été bien mis en œuvre jusqu’à présent. Il n’est donc pas question de les supprimer, mais ils pourraient être modulés, laisse-t-elle entendre.

La mobilisation en faveur des personnes en situation de handicap est loin d’être une démarche anodine. C’est une démarche qui vise au renforcement des fondements de notre République.

De nos jours, ce ne sont pas moins de 500.000 demandeurs d’emploi handicapés qui pointent à Pôle emploi.

Pourtant, les personnes en situation de handicap souhaitent, dans une grande majorité, avoir accès à l’emploi, même à temps partiel. Il est pour le moins choquant que ces personnes doivent faire face à tant de difficultés pour accéder à un emploi, alors même qu’il existe une obligation d’emploi de travailleurs handicapés dans les entreprises.

Si l’obligation de 6 % d’emploi de travailleurs handicapés était respectée, ce sont 250.000 emplois qui s’ouvriraient à eux dans le privé, simplement en appliquant la loi. C’est pour cette raison qu’il est primordial que le politique se saisisse pleinement de cette question et prenne le temps de faire ce travail de pédagogie, visant à sensibiliser les entreprises et leurs salariés dans l’optique d’une meilleure intégration des personnes handicapées dans le milieu du travail. Trop nombreuses sont les entreprises qui continuent de préférer payer une amende plutôt que d’embaucher des personnes handicapées.
La question de l’emploi est, ô combien, difficile, c’est vrai, a fortiori pour les personnes handicapées, mais le politique doit prendre sa part afin que notre pays ne tombe pas dans le piège qui consisterait à hiérarchiser les valides et les invalides. Souvenons-nous toujours qu’une personne, aussi invalide soit-elle, est d’abord une personne.

L’emploi est un élément de développement de l’identité personnelle et chaque personne, même handicapée, a le droit d’avoir un projet et de se réaliser à travers lui. Il doit y avoir une jonction entre la volonté individuelle et la volonté collective, et cela est de la responsabilité de nos dirigeants.

Nos contraintes, nos déficiences, nos disparités sont l’épicentre de notre humanité, elles nous renforcent. Quand on observe le handicap, généralement, on le fait toujours avec un peu de distance. Pourtant, chacun de nous – suite à un accident, par exemple – peut, un jour, se retrouver en situation de handicap. Le handicap, c’est l’affaire de tous. La vision que, bien souvent, les gens ont du handicap interroge sur notre société, sur les valeurs qui sont les nôtres.

N’oublions pas que la manière dont on inclut, dont on prend en compte les personnes handicapées, révèle l’humanité de la société.

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