« Je ne suis pas coupable. » Ce sont les mots de sur France 2 le 6 janvier dernier. Après la grâce présidentielle dont elle a bénéficié, libérée, la meurtrière de son mari, Norbert Marot, s’est exprimée à la télévision pour la première fois. Un propos qui met mal à l’aise.

La presse s’est emparée du cas de Jacqueline Sauvage, cette femme qui a tué son mari de trois balles dans le dos le soir du 10 septembre 2012. Pour sa défense, elle a toujours affirmé avoir été battue, insultée et victime de sévices durant ses 47 ans de mariage. Le matin du crime, son mari aurait proféré des menaces dont elle pensait qu’il les mettrait à exécution. La veille – mais elle ne le savait pas -, son fils Pascal s’était pendu. Au lieu de déposer plainte, ou de s’enfuir, l’épouse a préféré charger une carabine et abattre Norbert Marot. Avec une carabine de chasse, il n’avait aucune chance de s’en sortir.

Juridiquement, cela s’appelle un assassinat, c’est-à-dire un meurtre avec préméditation. Et, toujours en droit, Jacqueline Sauvage, déclarée coupable et condamnée à dix ans de réclusion par deux cours d’assises successives, n’est pas innocente. La grâce présidentielle efface la peine, pas le verdict. Jacqueline Sauvage n’est pas innocente.

La grâce, qui tire son origine de la nuit des temps, permet au souverain – ici le chef de l’État- de dispenser le coupable de la peine que son crime lui vaut, dans un souci d’humanité ou parce qu’il lui semble conforme au bien commun de ne pas mettre à exécution une décision judiciaire. La grâce, mesure de clémence du prince, ne se confond jamais avec la cassation. Lorsque le roi faisait grâce, il ne cassait pas la sentence. En respectant la décision judiciaire, il imposait simplement qu’elle ne soit pas exécutée.

http://www.dailymotion.com/video/x57uztb_sans-titre_news

Pourquoi l’affaire Sauvage a-t-elle suscité une telle émotion médiatique ? Parce que cette femme a été présentée comme victime de violences conjugales. À tort ou à raison, les choses semblent moins claires que ce que la presse en a dit. Mais, dans notre société contemporaine, le paradigme de la victimisation a pris une place centrale. Pourtant, nombreuses sont les victimes de violences, de coups, d’injustices, d’arrestation arbitraires, ou tout simplement du zèle imbécile de quelques minables qui se croient investis d’une mission supérieure. Rien de tout cela ne justifie le meurtre. Et la justice sait le rappeler, par exemple à Luc Fournié, le buraliste de Lavaur : il n’a rien commis de très différent de Jacqueline Sauvage, en attendant ses cambrioleurs et en tirant sur eux dans le noir, tuant l’un d’eux. Pourtant, Luc Fournié a été déclaré coupable et condamné.

Dans la France de 2017, il existe de bonnes et de mauvaises victimes. Jacqueline Sauvage, parce qu’elle a invoqué des violences conjugales, a bénéficié de la mansuétude de l’opinion. Alors qu’elle n’avait jamais dénoncé les actes de son mari, jamais demandé l’aide de la justice, jamais effectué la moindre démarche pour faire cesser ce qu’elle décrivait comme un enfer. Jacqueline Sauvage est coupable. Sans doute bénéficie-t-elle de larges circonstances atténuantes, peut être fallait-il la condamner à une peine de principe. Mais il fallait aussi le faire à l’encontre de tous ceux qui, un jour, ont eu peur et se sont laissés aller à tuer sans que les conditions de la légitime défense soient réunies.

C’est simplement une question de justice, qui doit être la même pour tous.

À lire aussi

Debout, les masqués de la Terre !

Les simples citoyens que nous sommes peuvent-ils agir, dénoncer eux aussi les délires dont…