Discours - Editoriaux - Justice - Médias - Politique - 10 juillet 2016

Qui veut encore faire de la politique ?

“Quand on voit la tyrannie de la transparence que nous exerçons sur [les hommes politiques], la façon dont ils sont décriés… Ils ne peuvent plus gagner d’argent, ils ne peuvent plus rien faire, on ne leur passe plus rien”, a déclaré Anna Cabana, journaliste au Point, invitée à l’antenne de LCP vendredi 8 juillet. Son propos est qu’il faut bien du courage pour s’engager malgré cela en politique.

Volontiers provocant, ce discours n’en est pas moins le reflet d’une réalité. Comme divers sondages en témoignent, c’est un climat de défiance qui s’est instauré entre électeurs et élus.

En janvier 2016, seuls 12 % des personnes interrogées disaient faire confiance aux politiques. Les qualités qui manqueraient le plus aux élus : la compétence, l’honnêteté et la faculté de rassembler.

Le divorce semble donc être consommé et les médias y sont pour beaucoup.

Le rôle d’un journaliste est d’informer, notamment en relayant les scandales politico-judiciaires dans lesquels des politicards véreux peuvent tremper. Le journaliste, héraut de la vérité, a le droit et le devoir d’investiguer et de porter de tels faits à notre connaissance, même quand la justice y rechigne, même quand cela porte un coup à l’État. On ne leur reprochera donc évidemment pas de relayer ces scandales de plus en plus nombreux, d’autant qu’il est question d’argent public.

Mais il ne leur incombe pas d’étaler sur la place publique la taille de la maison, la marque de la voiture et les moindres faits et gestes des élus de la nation ; c’est, là, une besogne indigne d’un journaliste. Des questions pièges comme le fameux “prix de la baguette” et autres bassesses démagogiques du même acabit ne font que ridiculiser l’État, tout comme le déballage de la vie privée des élus.

Cette “tyrannie de la transparence” évoquée plus haut entretient une perpétuelle défiance envers ces élus vus comme des “voleurs” dès que leur train de vie est au-dessus de celui des classes moyennes. On leur demande de rendre publics leurs avoirs et le montant de leur salaire, de publier leurs factures de téléphone, presque de vivre sous vidéosurveillance citoyenne comme si une éternelle suspicion pesait sur eux.

Pour gouverner, l’État a besoin de pénombre ; et il faut de la distance pour être respecté. À être sans cesse sous les feux des médias, il n’y a plus de secret et donc plus de respect. C’est à peine si l’on ne nous révèle pas la couleur des sous-vêtements de nos ministres, au nom de la transparence…

Les médias ne semblent pas réaliser qu’il existe un juste milieu entre un journalisme aux ordres du pouvoir et un journalisme de commères intempestives. Ils accentuent le côté sensationnel pseudo-transgressif, digne de paparazzis, comme pour se donner une image d’indépendance. Peine perdue : selon un sondage IPSOS datant de 2014, deux tiers des Français doutent fortement de l’impartialité des médias.

Oui, pour entrer malgré tout cela en politique, il en faut, du courage.

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