Cher Renaud, vous voilà de retour après une longue éclipse, digne du Temple du Soleil, pour évoquer une tintinophilie dont vous êtes un adepte éminent. Sur vos récentes photos officielles, lors d’un concert à Montpellier – à l’occasion duquel vous avez rejoint sur scène le groupe I Muvrini pour quelques morceaux, dont une assez jolie ballade irlandaise -, vous arborez un tee-shirt portant l’inscription « Yvan Colonna, otage de la raison d’État ».

Qu’il nous soit seulement permis de remarquer qu’en termes d’engagement politique, ce dernier vous coûtera sûrement moins cher que le précédent ; celui, par exemple, de votre album Marchand de cailloux, à l’occasion duquel vous preniez fait et cause pour celle de la Palestine, les services secrets israéliens ne se contentant pas que de faire sauter des paillotes… Ces derniers ne se sont évidemment pas risqués à de telles extrémités, sachant que la grande famille du show-biz s’est simplement contentée de vous mettre sous cloche plus de dix ans durant.

Entre-temps, vous aviez fait du chemin. Et, lors d’un fameux mois de mai – 2002, pas 1968 -, vous étiez au Café de Flore, là où vous attendait votre bouteille d’anisette quotidienne, avec un écrivain plutôt serbien et un chanteur plutôt dylanesque, à discourir sur le fait qu’il était hors de question de voter pour un Jacques Chirac plutôt que pour un . Peu de temps après, vous accordiez un entretien des plus courageux au défunt périodique Le Choc du mois, mensuel un brin réactionnaire et consacré à la chanson française dans lequel, avouons-le, vous ne faisiez pas assaut d’anti-lepénisme militant…

C’est sûrement pour ces contradictions que l’on vous aime aussi, cher Renaud, et aussi parce que vous faites partie du patrimoine radiophonique français. D’un côté, votre première chanson, dédiée à votre père, intitulée “Crève salope”, avec « Crève charogne » en deuxième vers du refrain. Puis “Hexagone”… Il est vrai que, durant l’Occupation, votre père avait résisté à la avec à peu près autant d’entrain qu’un Robert Hersant, mais tout de même… En effet, il y a des choses que l’on ne dit pas, que l’on n’écrit pas, que l’on ne chante pas sur son père, même si, visionnaire, vous avez en la matière initié la mode littéraire d’autofiction et passablement gerbique voulant que l’on vomisse sur celui qui vous a donné le jour, qu’il ait été nazi potentiel, centriste avéré ou violeur putatif.

Cher Renaud, pour finir, quand on a écrit “Mistral gagnant” et “Morgane de toi”, on vaut fatalement mieux que ça. Et rien que pour cela, le public, le grand public, le public français, le public des beaufs, celui que vous avez copieusement insulté dans votre chanson “Mon beauf”, parce qu’il lisait Paris Match, vous aime toujours, même vous conservant parfois un chien de sa chienne…

Au fait, à propos de Paris Match, qui y a posé en une avec une bimbo qui ne devait sûrement pas être blonde de haut en bas ? Un peu vous, mon cher Renaud. Vous qui, toujours dans votre chanson “Hexagone”, stigmatisiez l’éternel Bitru : « Après une longue année d’usine, ils crient “Vive les congés payés”. Ils oublient un peu la machine, en , en Grèce ou en . Ils vont polluer toutes les plages, et par leur unique présence, abîmer tous les paysages. »

Si les pauvres n’ont même plus le droit de prendre des et que les prolétaires gâchent les photos de vacances, dites-le, cher Renaud : car être de gauche, faut-il encore en avoir les moyens… Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes, disait-on dans un fort joli film de Jean-Jacques Zilbermann, à votre grand désespoir, semble-t-il ; même si les vôtres vous ont laissé tout loisir de lâcher quelques flatulences dans la soie.

7 mars 2016

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