Pourquoi un homme, souvent sorti de nulle part pour ensuite repartir, après procès à grand spectacle, à son néant d’origine, sort-il du bois ? Quels sont les ressorts intimes, les voix intérieures lui donnant quitus pour ôter la vie d’autrui ? Sont-ce ses lectures ? Les disques qu’il écoute ? Les séries télé dont il s’abreuve ? L’ethnie dont il est issu, les opinions politico-religieuses qu’il prétend être siennes ; ou parfois, l’absence de religion lui tenant lieu de croyance ?

Au risque de mettre les sociologues au chômage anticipé, le cas d’un , au même titre que celui d’un Mohamed Merah ou d’un Anders Breivik, semble participer des mêmes motivations, malgré des origines et des itinéraires différents : celles consistant à accéder au mat de cocagne d’une célébrité éphémère : « Tout plutôt que l’on ne parle pas de moi ! »

Abdelhakim Dekhar, donc, est issu de l’univers urbain des années 80. Décennie durant laquelle les Beurs qui n’étaient encore pas trop envapés par le shit avaient oublié la foi de leurs aïeux et se raccrochaient, tel le noyé à sa bouée, aux idéologies d’alors : gauche radicale et besoin d’en découdre avec la “société”. Mais tout en s’engageant, dès 17 ans, au 9e régiment de chasseurs parachutistes à Pamiers, dans l’Ariège. Rien d’étonnant à ce début d’itinéraire : les gauchistes de l’époque – qui, d’ailleurs, faisaient alors de la lecture de Libération leur bréviaire quotidien – préféraient, lorsqu’ils n’étaient pas objecteurs de conscience, effectuer leur service militaire dans les troupes d’élite ; histoire de mieux subvertir le système de l’intérieur, on imagine…

Et c’est Le Figaro de ce jeudi qui dresse le portrait idoine de notre homme, citant – une fois n’est pas coutume – le quotidien naguère fondé par Serge July : « À Libération, un leader autonome [les ultragauchistes de l’époque, NDLR] confiait, en 1996, que Dekhar était un “type avec des plans d’agent secret qui ne file jamais son numéro de téléphone, donne un faux nom pour sa meuf, fanfaron, braillard, solitaire, qui fait de la provoc dans les réunions, traitant les autres de mous et de larves qui ne font rien pour changer la société”… »

Si l’on résume, un gros mythomane prêt à tout pour exister aux yeux des autres. Soit le profil type des Mohamed Merah et Anders Breivik plus haut évoqués. Genre qui, à force de pianoter sur le clavier de leur ordinateur, de faire le paon sur les forums, décide tôt ou tard de passer à l’action. Avec des logiques politiques qui peuvent faire sourire… Merah qui abat — entre autres — des coreligionnaires musulmans, Breivik qui, tout raciste qu’il est, démastique une horde d’enfants aux cheveux blonds et aux yeux bleus ; et le gauchiste pas très au fait des enjeux, qui préfère tirer sur les journalistes de Libération que de Minute

Certes, journaux de droite ou de gauche, ou d’ailleurs, ne sauraient être tenus pour responsables des errements de leurs lecteurs respectifs. Mais en cette grande course au tweet et au buzz, force est d’admettre qu’Abdelhakim Dekhar, malgré son âge déjà respectable, n’est jamais rien d’autre qu’un enfant de son temps.

Tout le monde médiatico-politique est sûrement un peu responsable de cet état de fait, mais certains sont peut-être un peu plus coupables que d’autres. Serge July, toi qui signas autrefois un brûlot de combat intitulé Vers la guerre civile, si tu nous lis…

23 novembre 2013

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