« Moi, triste président »… Tel est apparu François Hollande lors de son allocution télévisuelle post- municipales. Mine de chien battu, ton désabusé et gigotant d’un pied sur l’autre comme souffrant d’une envie pressante, faute d’avoir pris ses précautions… On attendait un mea culpa, une fuite en avant ou un indice d’espoir : on a eu droit à un peu tout cela à la fois, mais ânonné sans grande conviction. Lui-même n’y croyant plus tellement, à l’évidence.

Lui qui se targuait de vouloir être un président normal, au moins aura-t-il pleinement réussi, reconnaissons-le : il est bien un président dans la lignée de ses prédécesseurs, et même beaucoup plus - aussi incompétent, aussi bonimenteur, seulement un peu plus rapidement décevant !

Depuis le premier tour des municipales, on s’attendait à un gouvernemental. Celui qui a eu lieu après le second n’est donc pas une surprise. Maintiendrait-il pour quelque temps encore Jean-Marc Ayrault ? Le remplacerait-il par son ministre de l’Intérieur ? Surprendait-il son monde en nommant un homme auquel personne n’aurait songé, venu de la société civile ou personnalité politique de second plan afin de déjouer tous les pronostics, prendre de court sa propre majorité et désorienter son opposition ? Tout comme l’avait fait, en son temps, le président Valéry Giscard d’Estaing en nommant, durant l’été 1976, Raymond Barre Premier ministre, suite à la démission du gouvernement de Jacques Chirac… et ce, au seul titre qu’il était « l'un des meilleurs économistes de France », sinon pour les autres, pour lui en tout cas, comme il le déclara alors pour l’adouber dans ses fonctions.

« Moi Président » a donc désigné Manuel Valls pour le poste, au risque de braquer contre lui plus encore que cela n’était à ce jour nombre de députés socialistes, de perdre le soutien des alliés d’Europe Écologie Les Verts, de heurter les derniers communistes bougeant encore… et de renforcer le Front de gauche !

Jean-Luc Mélenchon s’est d’ailleurs empressé, sitôt annoncé le nom du nouveau locataire de Matignon, de lui tirer dessus à vue : « Le plus grand commun diviseur possible de la gauche, Manuel Valls [...]. À un désastre électoral, le chef de l'État répond par un suicide politique. »

Suicide politique ? Peut-être… Mais n’est-ce pas une façon comme une autre de démissionner de ses responsabilités, en retardant seulement un peu l’échéance ? On sait que l’homme n’aime guère trancher… et peut-être a-t-il encore à l’esprit ce qu’il déclarait en 2006 dans Devoirs de vérité, (Éd. Stock), rédigé avec Edwy Plenel :

Je préconise un exercice de vérification démocratique au milieu de la législature. […] Si d'aventure, à l'occasion de cette vérification, une crise profonde se produisait, ou des élections législatives intervenaient, contredisant l'élection présidentielle, nous en tirerions toutes les conséquences en quittant la présidence.

Peut-être ne s’agissait-il pas alors, pour lui, que d’une « petite blague » comme il les aime tant… Quitte à quitter le palais de l’Élysée avant l’échéance du terme, autant que ce soit dans un climat quasi insurrectionnel que sous le seul mépris populaire…Quitter la présidence ? Au fait, depuis plus de deux ans maintenant, François Hollande a-t-il seulement réalisé - ne serait-ce qu’un instant - qu’il avait été investi de la fonction suprême ?

De reculades en reniements, de rebuffades en bouffonneries, d’échecs économiques en Bérézina électorale, on finirait par en douter…

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2 avril 2014

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