Editoriaux - Histoire - Société - Table - 29 novembre 2013

Queues de péripatéticiennes à Pôle emploi ?

Le projet de pénalisation des clients de prostituées a fait déjà beaucoup de bruit avec les « pro » et les « anti », très nombreux autant que désintéressés…

Pour un esprit anonyme, réaliste et un brin cartésien, il est difficile de croire à l’efficacité d’une loi, sauf à repousser un peu plus la prostitution sous les sombres et épineuses futaies des parcs et bords de routes. L’histoire a montré, avec la prohibition due à Marthe Richard, que la fermeture des maisons closes a ouvert la pratique du racolage public. Bien au chaud et surveillées alors, les filles de joie ont été poussées de fait sur les trottoirs où elles piétinent sous les aléas de la météo et la menace de prédateurs humains. Beau progrès !

La mise en œuvre de la loi ne manquera pas de poser problème, comme toutes ces logorrhées réglementaires prononcées au nom de principes hautement humanistes, portées par des promoteurs aux œillères intransigeantes qui leur masquent la vue sur les effets collatéraux et pourtant prévisibles. Le ministre de l’Intérieur va devoir faire, encore, preuve d’initiative et de collaboration pour faire appliquer la loi, en dépit des rigueurs budgétaires qui s’imposent.

Va-t-il reconstituer des brigades d’aubergines (en la circonstance, judicieusement bien nommées) chargées de traquer le délinquant devenu désormais le racoleur ? Ou bien créer des patrouilles mixtes pour éviter aux agents masculins de sombrer dans la corruption active ? Une autre solution pourrait être l’infiltration d’anciennes prostituées dans le milieu aux fins de saisir le délinquant en flagrant délit, ce qui serait assez commode pour une experte, selon l’instant opportunément choisi. Avec une prime par interpellation qui compenserait le manque à gagner généré par leur défection des activités antérieures.

Pour être efficace, la traque des fraudeurs de l’amour devra s’étendre dans des champs très étendus et des environnements complexes qui nécessiteront du personnel et des moyens logistiques à la fois tout-terrain, rapides et furtifs, tels les nouveaux avions de combat. Déjà que les militaires font la guerre avec des engins vieux de 40 ans, il est douteux que les nouvelles brigades du stupre puissent accomplir leur mission avec des résultats comptables en adéquation avec la criminalité existante.

Après la promulgation de la loi, le plus dur restera donc à faire. Quant aux prostituées défroquées, elles allongeront la queue à Pôle emploi…

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