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Editoriaux - Histoire - Justice - Table - 11 juin 2016

Quelques questions autour de l’audition du cardinal Barbarin

Dans le cas du père Preynat, sur des faits d’agressions sexuelles datant des années 90, le cardinal est informé en 2007. Nulle plainte n’est alors ouverte. Nulle enquête policière. Aussi reçoit-il le prêtre, obtient ses aveux et, devant l’absence de récidive d’une part, l’absence de plainte de l’autre, le maintient en fonction.

Risque calculé ? Zèle pastoral discutable ? Aurait-il dû le retirer des apostolats le mettant au contact de jeunes gens ? Un jeune scout est âgé de 12 ans. Doit-on parler de pédophilie dans ce cas ?

Les familles au courant d’une partie des faits, et qui savaient le cardinal au courant, n’ont guère dû être rassurées par l’absence de toute mesure de prudence à l’égard du troupeau des brebis… Guère rassurées, et finalement coupables de n’avoir porté plainte ! Oui, les familles victimes du père Preynat, sont quelque part accusées de n’avoir agi en justice. On le leur reproche presque. On sait pourtant qu’en ces matières, la plainte est très loin d’être systématique.

Comprenons : les familles paroissiennes étaient victimes d’agissements ou de crimes quadruplement condamnables au regard du catéchisme de l’Église. Le rapport sexuel venait d’un prêtre à qui l’on fit confiance – le catéchisme nous le demande ; première affreuse nouvelle destructrice des communautés. Ce rapport est de nature imposée. Il va contre la volonté et le libre arbitre des victimes. Il détruit une créature humaine. Cette relation est imposée à des enfants, mineurs sexuellement ; doit-on parler de pédophilie ? Le rapport est contre-nature en ce qu’il a lieu entre deux êtres de sexe masculin.

Cette addition d’horreur ajoutée au bien compréhensible “qu’en-dira-t-on” ne peut-elle bloquer psychologiquement les victimes et leurs familles dans leurs volontés de déposer plainte et d’espérer des réparations qui ne viendront pas ? Poser la question…

Quand ces affreuses histoires qu’on essaye d’oublier sont transmises au cardinal, celui-ci se retranche derrière l’absence de plainte. N’aurait-il pas été apaisant, pour les familles et les victimes, que celui-ci soit a minima écarté du service des paroissiens et voué à quelque emploi administratif l’écartant des fidèles et de leurs enfants ? Là aussi, poser la question…

In fine, quelles que soient l’ancienneté de l’affaire et l’absence de plainte se pose la question de la prescription. En matière d’agression sexuelle, trois années suffisent à la justice pour prescrire. Mais ici ? Sommes-nous en présence d’agression ou de crimes ? Le viol est un crime. Le viol sur mineur par personne ayant autorité, c’est 20 ans. Alors, en 2007, les faits réels étaient-ils prescrits ? On vient d’apprendre que non.

Qui plus est, la nature très particulière de l’affaire – pédophilie, rapports imposés, homosexualité – et le contexte – ici, un prêtre – ne devrait-il pas conduire le législateur à étendre ce champ de l’imprescriptibilité ? Idem s’il s’agissait d’éducateurs ou d’enseignants envers qui nous n’avons pas choix de ne pas confier nos enfants – l’école est obligatoire.

Dès lors, se posant cette question, et de par l’imprescriptibilité, au moins morale, des faits, Monseigneur Barbarin avait-il réellement le choix de ne pas les dénoncer ? Le temps efface-t-il la morale ? Étrange pensée cardinalice qui se réjouissait à tort que les fait fussent prescrits. Par la justice humaine. Quid de celle qui compte ?

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