On a tort de vouloir jeter tout d’un bloc le rapport sur l’intégration remis dernièrement au Premier ministre. Prenons la proposition de reconstruire un Panthéon national en révisant 2 les programmes d’histoire qui, selon ce rapport, se réfèrent à « des figures incarnées qui demeurent très largement des grands hommes blancs et hétérosexuels ». Elle mérite d’être étudiée.

Procédons dans l’ordre chronologique. Les partisans d’une histoire thématique m’en voudront : tant pis.

Commençons par Jules César. Vous me direz qu’il n’était pas français. Certes, mais c’est grâce à lui que “nos ancêtres les Gaulois” sont entrés de plain-pied et à grands coups de pilum dans le sternum dans la mondialisation de l’époque, la Pax Romana. Et puis Suétone disait de lui qu’il était « l’homme de toutes les femmes et la femme de tous les hommes ». Nos pédagogues sauront bien trouver les mots, et peut-être même les images, pour expliquer à nos enfants ce que cela veut dire et les inviter à suivre l’exemple du grand Jules.

Poursuivons à grandes enjambées notre histoire en mettant résolument en avant le féminin.

Au Moyen Âge, évidemment, on ne peut faire l’impasse sur les saintes Geneviève et Clotilde. La première qui exhorta les Parisiens à résister contre l’invasion des Huns (on ne rigolait pas avec les sans-papiers à l’époque), la seconde qui eut un rôle majeur dans le baptême de Clovis (la tradition de première dame, conseillère avisée de son « conjoint », était ainsi lancée). On pourrait aussi en dire beaucoup sur Blanche de Castille et Jeanne d’Arc, mais leur « parcours » est bien connu de tous.

Pour la période de la Renaissance, je pense à Catherine de Médicis, qui offre l’avantage d’être primo-migrante et donne un bel exemple d’intégration réussie. Sacrée bonne femme, la Ritale ! La légende prétend même qu’elle fit le coup de feu à la Saint-Barthélemy, illustration parfaite que les pistolets ne sont pas réservés aux garçons et les poupées aux filles. On évoquera fort à propos la personnalité d’Henri III accompagné de ses mignons, véritables inspirateurs de nos Marches des Fiertés.

La Révolution nous donne l’héroïque figure de Charlotte Corday, qui débarrassa la France de ce fou sanguinaire de Marat. Du reste, de nombreuses villes ont encore une rue au nom de cet humaniste alors que Charlotte ne semble être honorée qu’à Caen. Comme le rapport propose par la même occasion de changer le nom des rues de nos villes, le mal pourrait être rapidement réparé et la parité en serait ainsi grandement améliorée.

Terminons avec la période contemporaine. Je vais peut-être étonner, mais je propose la figure d’Yvonne de Gaulle, dont la discrète personne nous donne une belle image de ce que peut être la véritable dignité. Lorsqu’elle faisait le bien, c’était discrètement et non pas en se tordant du derrière devant les caméras…

Pas de grandes figures noires dans ce Panthéon révisé, je l’avoue : Dieudonné, peut-être ?

Notes:

  1. Du verbe « réviser », qui a aussi donné « révisionnisme ».
  2. Du verbe « réviser », qui a aussi donné « révisionnisme ».

30 décembre 2013

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